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Ousmane Dabo n’est pas l’un de ses anciens footballeurs que l’on peut voir partout. Sa présence est rare. Sa parole est d’or. Pourtant, il a accepté de rencontrer La Madjer. Sur les Champs-Elysées, s’il vous plaît. Aujourd’hui, Ousmane Dabo s’est reconverti, possède sa marque de vêtements mais le monde du football n’est jamais très loin, de l’AS Monaco à la Lazio en passant par la MLS, le PSG et l’équipe de France. Entretien.

Ousmane DABO

Tout le monde a envie de poser une seule question à Ousmane Dabo : que devient-il ? Alors ?

J’ai ma marque de vêtement, ça s’appelle French Deal. C’est mon ami designer Steeven Kodjia qui l’a créée, il y a à peu près 8 ans. Steeven je l’ai rencontré en 2006 par un ami en commun, on a sympathisé tout de suite et on est d’abord devenu amis avant de devenir associés pour la marque quelques années plus tard. Pendant que j’étais encore joueur, il me parlait déjà de ce projet et petit à petit je me suis bien intéressé et je me suis lancé il y a bien 3 ou 4 ans avec lui. On a commencé à faire des tee-shirts d’abord et après on a décidé de se développer plutôt dans le haut de gamme.

French Deal, c’est plutôt quel style alors ?

C’est de l’urban chic donc des vêtements en cuir avec beaucoup de matières nobles comme la soie, le cachemire, l’agneau plongé. Des belles matières. On fabrique tout en France de A à Z.

French Deal a eu un renfort de poids avec l’arrivée du basketteur Ian Mahimni…

Oui Ian Mahimni est venu avec nous il y a deux ans et demi à peu près. Ian moi je l’ai rencontré par l’intermédiaire de Steeven. C’est Steeven qui le connaissait. Steeven connaissait bien Tony Parker aussi. Après Ian s’est intéressé à notre marque, ça lui a parlé, ça lui a plu donc il s’est associé avec nous. C’est bien, on a plusieurs univers. Steeven Kodjia c’est un ancien danseur en plus. Lui, c’est l’univers musical, moi je suis un ancien footballeur et il y a Ian qui joue encore au basket donc ça fait trois univers.

French Deal

Donc chacun de vous fait jouer ses relations pour faire connaître la marque ?

Oui évidemment. Nous ne bénéficions pas encore d’une grande notoriété, c’est une marque jeune. Nous travaillons actuellement sur le déploiement de la marque à l’échelle nationale, puis internationale. Nous sommes très optimistes quant au « devenir » de French Deal. Cette marque a un fort potentiel, et c’est notre réseau et nos clients qui nous le font ressentir. C’est positif.

Et pour la gamme de prix ?

La gamme de prix c’est du haut de gamme, du luxe quoi.

Et pourquoi la mode ? C’est un milieu qui t’a toujours attiré ?

Ouais, j’aime bien la mode parce que j’aime les beaux vêtements comme tous les footballeurs. J’ai évolué. Je dois avouer qu’avant je m’habillais pas super bien mais depuis que j’ai rencontré Steeven il m’a restylisé.

Tu as côtoyé des footballeurs qui s’habillaient super mal ?

Ouais pas mal mais je peux pas balancer de noms (rires). Mais bon les Italiens des fois ils exagèrent, ils s’habillent tous pareil, tous la même marque. Du coup, il y a pas mal de joueurs qui ont acheté des vêtements, ils nous soutiennent en quelques sortes. Il y a des joueurs très connus qui nous ont acheté des vêtements, eux normalement ils sont habitués à ce qu’on leur donne les vêtements mais là ils ont eu la démarche de nous aider. En nous achetant des vêtements, ils contribuent à notre développement. Comme l’ont fait des basketteurs : Tony Parker, Nicolas Batum, les coéquipiers de Ian Mahimni, des joueurs des Lakers, d’Orlando. La marque est internationale.

Et toi, personnellement, quel est ton rôle dans la marque ?

Steeven, le créateur et designer de French Deal et son équipe s’occupent de la stratégie de la marque. Moi j’ai un rôle consultatif, je participe aux grandes décisions. Je suis ambassadeur. Je communique sur la marque lors de mes interview. A chaque fois que j’ai une interview à la télé j’en parle. C’est un grand plaisir pour moi.

Et ça fonctionne bien ?

Ouais ça fonctionne bien, pour l’instant c’est du bouche à oreille. Nous n’avons pas encore de points de vente mais nous sommes de plus en plus actifs en ligne. Nous grandissons petit à petit. C’est un beau défi.

screenfrenchdeal

C’est prévu le point de vente, à Paris peut-être ?

Paris et d’autres capitales européennes. Pourquoi pas! La marque est très appréciée aux Etats-Unis. Là-bas, ils sont aussi plus ouverts. On a déjà démarché quelques boutiques en France mais à chaque fois c’est «Ah mais vous êtes pas assez connus, vous êtes pas assez ci, vous êtes pas assez ça». Aux Etats-Unis, ils laissent la chance aux jeunes marques, ils aiment les nouveaux défis, tout comme nous!

Le foot n’est pas fini pour moi, j’ai une école de football au Sénégal

Et donc le foot c’est totalement fini pour toi ?

Non, le foot n’est pas fini pour moi, j’ai une école de football, Ziguinchor, depuis une dizaine d’années au Sénégal. C’est la deuxième ville du Sénégal. Il n’y a pas beaucoup de structures mais il y a beaucoup d’enfants. Ils payent une cotisation minime, pas chère, et j’ai des amis à moi qui s’occupent de les entraîner. Il y a plusieurs catégories d’âges, ça va de 8 à 18 ans. Là je suis en train de développer leur venue en France, d’essayer de faire venir les plus talentueux. Il y a environ 80 gamins répartis sur toutes les catégories d’âge. Ils s’entraînent sur la place municipale et moi j’ai fourni tous les maillots, tous les ballons, tout ce qui est nécessaire à l’entraînement. Justement là j’essaye de développer l’école de football, j’essaye de trouver des sponsors pour faire construire un terrain synthétique parce qu’ils s’entraînent sur un terrain vague où c’est impossible de jouer. Et peut-être un local aussi. J’aimerais bien en construire un où les enfants mangeraient, regarderaient les matchs parce que tout le monde n’a pas la télé là-bas, ils n’ont pas beaucoup de moyens.

Parallèlement, le monde du futsal t’a tendu les bras également ?

Je suis parrain de l’équipe de Laval. Je suis Lavallois et le président est un pote à moi donc il m’a demandé d’être le parrain. Il y a aussi Pierre-Emerick Aubameyang qui est de Laval, on est tous les deux parrains. Je ne fais pas encore de matchs, c’est plutôt un rôle d’ambassadeur. Quand je vais à Laval, je vais assister aux matchs, j’aime bien le futsal, c’est un bon sport.

Et retoucher le ballon au futsal ou au beach-soccer, on sait que beaucoup d’anciens se reconvertissent là-dedans, mais toi, cela ne t’intéresse pas ?

Ah non, non, je ne pourrais pas. Physiquement je ne pourrais pas. J’aime bien le Five, j’y joue beaucoup, c’est du synthétique donc pour mon genou ça passe encore.

Moi entraîneur? Jamais de la vie!

Et commentateur alors, comme Marcel Desailly, Jean-Alain Boumsong ou Bixente Lizarazu ?

BeIn Sports m’avait proposé. J’ai essayé deux ou trois fois mais j’ai pas accroché. Je n’ai pas pris de plaisir. Donc j’ai préféré décliner. C’était pour commenter des matchs d’Europe League, ceux de la Lazio, comme j’ai joué là-bas. C’était pour faire un essai, pour voir si ça allait me plaire. Ca m’a fait plaisir de commenter mon ancien club mais je n’ai pas accroché. Et l’important c’est de prendre du plaisir, sinon ça se sent.

Et entraîneur alors ?

Entraîneur ? Jamais de la vie ! (rires). C’est impossible. Je n’ai pas le caractère pour, pas la patience non plus. Il faut avoir la patience pour enseigner et moi ça ne m’intéresse pas. A la limite, pourquoi pas un rôle dans un club, peut-être être avec l’équipe mais dans un rôle de directeur sportif. J’ai trop bouffé de vert pendant ma carrière. (rires)

Tu as arrêté ta carrière en 2011, comment se sont passés les premiers mois en tant que retraité ?

J’ai coupé les ponts, j’ai pris du recul pour vraiment réfléchir à ce que je voulais faire. A l’époque, je me demandais si je voulais devenir entraîneur, être agent… Je ne savais pas quoi faire. Donc le fait de couper les ponts, de partir à droite à gauche, de voir sa famille, ça permet de faire le point et de voir ses futures aspirations. J’ai mis deux ans à savoir ce que je voulais vraiment faire et maintenant je sais ce que je vais faire.

On va revenir au foot, tu as joué à Monaco 8 petits mois, mais le club a bien changé depuis. Quel est ton avis sur le club aujourd’hui?

J’aime bien. J’ai un œil attentif sur eux comme sur tous mes anciens clubs. C’est une super équipe qui va concurrencer Paris dans les années à venir. A partir de l’année prochaine même je pense. Et en Ligue des champions, ils pourront faire des choses aussi. Je pense qu’ils vont recruter deux, trois joueurs. Ils ne font pas n’importe quoi dans le recrutement, ils recrutent vraiment les joueurs qu’il faut, pas seulement basé sur le nom, ils font aussi attention à l’homme et au potentiel. Un peu comme James Rodriguez. Ce n’est pas encore une star mondiale mais c’est un joueur qui peut devenir l’un des meilleurs au monde. Ils ont un vrai projet. Monaco comme Paris d’ailleurs. On voit qu’il y a un vrai projet derrière. Ils ne font pas les choses au hasard.

Donc, ça veut dire que tu suis le PSG également ?

Je les suis. Mais je ne vais pas voir beaucoup de matchs au stade, je préfère les regarder à la télé, comme ça je suis tranquille. Sinon quand je vais à Rome je vais voir les matchs de la Lazio.

Ousmane DABO

Justement, parlons-en de la Lazio, ils vivent une saison quelque peu compliquée…

C’est un peu une saison de transition on va dire. L’effectif est en train d’être rajeuni, il faut être patient. Et je pense que l’année prochaine ça sera un peu mieux. Mais cette saison n’est pas catastrophique non plus, ils sont en train de jouer pour se qualifier pour l’Europa League. La Roma fait une belle saison, la Lazio est 7ème c’est quand même un résultat honnête mais c’est une déception parce que la Roma est loin devant. Il y a la Juve aussi. Logiquement la Juve va gagner la League Europa, c’est la meilleure équipe. Ils auraient même du être en quarts de finale de Ligue des champions. Mais pour la Ligue des champions, c’est difficile, il y a tellement d’équipes qui se valent.

J’étais vraiment au bout du rouleau

Partons de l’autre côté de l’Atlantique, tu as fini ta carrière en MLS, mais tu n’y as joué que quatre petits matchs, ça reste une mauvaise expérience pour toi ?

J’étais blessé et en fin de carrière. Je n’arrivais plus à jouer. Mais ça reste une super expérience pour moi même si j’étais frustré de ne pas pouvoir jouer parce que j’étais vraiment au bout du rouleau physiquement. J’étais dégoûté. C’est pour ça aussi que j’ai résilié avec le club parce que je ne voulais pas abuser. Je me suis dit « non je ne vais pas rester jusqu’à la fin de mon contrat ». Dans mon esprit, je me sentais mal (rires). Mais c’était vraiment une bonne expérience. Par contre c’est sûr que tu ne vas pas là-bas pour l’argent comme au Qatar. Aux USA, tu vas baisser ton salaire mais au moins tu vas connaître une expérience de vie et dans un pays émergent au niveau football parce qu’il y a du potentiel. Ça ne sera jamais comme le base-ball ou le basket mais il y a quand même du monde au stade. Il y a beaucoup de licenciés, les femmes jouent beaucoup au foot là-bas. Les jeunes aussi. Et on voit, l’équipe des Etats-Unis est toujours à la Coupe du Monde et ils sont pas ridicules. Il y a quelque chose à faire.

Tu avais un bon contrat là-bas ?

J’avais un contrat honnête, c’est pas des grosses sommes là-bas. C’est des contrats de Ligue 2, même pas. National même.

Et au niveau du jeu, c’était comment ?

On va dire qu’il y a deux équipes qui valent la Ligue 1, le bas de Ligue 1, le reste c’est Ligue 2, National.

Tu regardes encore les matchs ?

Non, honnêtement non. Je suis les résultats de Titi surtout que j’ai joué contre lui quand j’étais là-bas. C’est l’un des seuls matchs que j’ai joué d’ailleurs (rires). J’étais à New-York en juin donc j’ai été le voir jouer, lui et Peguy Luyindula. Et si je retourne à New-York, j’irais encore les voir jouer.

Avec Pogba et Varane, on peut dormir tranquille

Tu as parlé des USA à la Coupe du Monde, mais la France alors, tu les vois comment ?

Je les vois bien moi. S’ils passent la poule, on ne sait jamais après. Logiquement ils devraient passer et après, quart, demi, ils peuvent le faire. Ils ont des bons joueurs, des bons jeunes. Moi j’aime bien Pogba, c’est un crack. S’il garde la tête sur les épaules – et je pense qu’il l’a -, c’est le futur capitaine de l’équipe de France. Avec Varane aussi. Avec ces deux, on peut dormir tranquille. Peut-être qu’ils ne vont pas encore porter l’équipe de France au Brésil, c’est vrai qu’ils sont encore jeunes, mais pour l’Euro 2016… Et s’ils ne la porte pas, ils vont faire une très bonne compétition, ça j’en suis sûr parce que ce sont des joueurs extraordinaires, des exceptions.

Et Antoine Griezmann c’est une exception aussi ?

Griezmann, il est complet. Je pense qu’il sera dans la liste de Deschamps parce qu’il peut jouer partout. C’est un jeune donc en même temps tu le formes et en plus il peut jouer à gauche, à droite, dans l’axe comme deuxième attaquant donc ouais ce serait une bonne idée de l’emmener. C’est lui le mieux placé entre tous les jeunes Thauvin, Lacazette et tout. Moi je prendrais Griezmann.

ousmane edf

La France peut gagner ?

On sait jamais, ça va être difficile il faut être honnête, parce que je vois quand même des équipes qui sont plus fortes sur le papier comme l’Italie, le Brésil, le Portugal, l’Espagne. L’Argentine c’est très fort aussi même si la défense n’est pas au niveau de l’attaque ou du milieu. Mais Brésil, Italie, Espagne, c’est très très fort. Je crois que les gens sous-estiment l’Italie mais quand tu vois le milieu italien, je pense que c’est le meilleur milieu du monde. Il y a Thiago Motta, Pirlo, Verratti, De Rossi, Montolivo…

En France dès que le gars fait six mois de bons, c’est bon il faut le prendre en équipe de France. En Italie, ils sont vraiment très patients.

Verratti ne joue pas trop avec la Squadra Azzura…

Non, il ne joue pas, on ne sait même pas s’il sera pris parce que tu as vu les joueurs qu’il y a ? Il y a Marchisio et d’autres, ils ont trop de grands joueurs. Disons qu’en Italie, ils attendent de voir, ils s’enflamment moins sur les joueurs qu’en France. En France dès que le gars fait six mois de bons, c’est bon il faut le prendre en équipe de France. En Italie, ils sont vraiment très patients. Ils attendent de voir. L’Italie a trop de joueurs de classe mondiale, De Rossi, champion du monde, Pirlo champion du monde, Thiago Motta c’est un joueur extraordinaire, Montolivo qui joue au Milan AC, Aquilani aussi, il y a énormément de concurrence.

C’est un regret pour toi de ne pas avoir joué plus en équipe de France ?

Non franchement. Je suis voir parce qu’il fallait voir la concurrence aussi. Ils étaient champions du monde, champions d’Europe, comment tu fais pour prendre ta place ? Tu vois, ce n’est pas comme maintenant. C’était injouable.

T’as encore des liens avec eux, avec les anciens de l’équipe de France ?

Ouais, Olivier Dacourt je le vois souvent. Boumsong je viens de le voir là, j’ai été jouer à son Five, Robert Pirès aussi. Mais tu vois, quand on se retrouve c’est par rapport au Five. On se fait des petits matchs entre anciens de l’équipe de France. Il y avait Lilian Thuram l’autre fois, Edgar Davids aussi.

Et qui a les meilleurs restes ?

Dacourt il est fort, il est encore là. Parce que lui il est méchant tu vois, c’est un compétiteur (rires).

Un grand merci à Ousmane Dabo et à Imene pour leur disponibilité et leur gentillesse.

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