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La hype a changé de camp. S’il était tendance ces derniers temps d’avoir le Barça ou le Real en favori (avec Arsenal), il semblerait que les deux géants espagnols laissent (provisoirement ?) leur place à deux Allemands. Cette hype soudaine et un peu innatendue a réveillé certains : et oui, il y aurait un championnat en Allemagne. Mais la soudaineté de l’affaire a causé erreurs et oublis en tout genre dans certains médias pris de court. Tentative de correction(s).

Arango

Fin de match à Dortmund. Le BVB mène 4-1 face au Real, Robert vient de planter un quadruplé et avec une pointe de nostalgie je vois disparaitre définitivement l’anonymat relatif d’un joueur, d’une équipe et d’un championnat tout entier. Il y a quelques semaines à peine personne ne prenait vraiment au sérieux la Bundesliga, Bayern excepté. Tout cela est en train de changer.

Dès vendredi, c’est gagné. L’Equipe fait sa Une et trois pages sur le championnat allemand, Rue89 et Le Monde suivent aussi, à leur façon. Si chacun de ces focus possède quelques points intéressants (concernant le changement de politique radicale dans la formation après les échecs de 1998 et 2000 ou la santé financière des clubs allemands ainsi que l’ambiance folle et le spectacle au rendez-vous notamment), ils recèlent aussi d’imprécisions. Beaucoup semblent émerger et découvrent qu’il y a une vie footbalistique loin à l’est de Paris. Modestement, je vais essayer de corriger quelques erreurs et apporter quelques précisions nécessaires. Histoire d’être assez complet quoi.

Nury Sahin et gros oublis

Celle qui me tient le plus à cœur, déjà : « NURY SAHIN » n’existe pas, mais « NURI SAHIN », oui. Sérieusement, on parle là de l’artisan principal du titre de 2011 du Borussia Dortmund et élu alors joueur de l’année, ça la fout mal.

Parler de la faible propension des Allemands à s’exiler à l’étranger, c’est assez vrai. Mais n’évoquer que Khedira et Özil au Real en oubliant Podolski (Arsenal) ici ou Mertesacker (Arsenal), Klose (Lazio Rome) et Holtby (Tottenham), tous internationaux, là, ça la fout mal.

Évoquer la bonne santé de la formation allemande et de ses joueurs techniques que sont les Götze (BVB), Özil (Real), Reus (BVB) ou Draxler (Schalke 04), c’est bien. Mais oublier de parler également, par exemple, des jeunes  gardiens de buts titulaires dans les meilleurs clubs de l’élite (Neuer au Bayern, bien connu, mais aussi Ter Stegen à M’Gladbach, Leno à Leverkusen, Zieler à Hanovre ou Trapp à Francfort), ça la fout mal. De manière générale, se limiter à ne parle que des joueurs dits « techniques » en n’évoquant pas les autres lignes, ça ne mérite pas plus qu’un « peut mieux faire ».

Remettre en cause les bienfaits d’une VRAIE trêve hivernale quand on en voit les effets actuellement, ça la fout mal.

Quand on fait un focus sur le savoir-faire des recruteurs allemands sans évoquer la filiale asiatique qui tourne à plein régime (Japon/Corée du Sud notamment, avec des joueurs comme Kagawa (aujourd’hui à Manchester United mais découvert à Dortmund), Uchida (Schalke 04), Inui (Eintracht Francfort), Son (Hambourg SV) mais aussi Ji (Augsbourg), H.Sakai (Hanovre), Hasebe (Wolfsburg) Usami (Hoffenheim) ou Okazaki et G.Sakai (Stuttgart),  sans oublier Jong Tae-se (Corée du Nord) passé par Bochum et Cologne), ça la fout mal. Et la liste est non-exhaustive.

En somme, si tout part d’une « bonne volonté » qui est de réagir à cette soudaine hype allemande, ce surplus d’imprécisions fait tâche, et démontre une certaine précipitation. Un peu comme si l’on voulait montrer à tout prix que l’on connait bien le sujet alors que… non.

Sous médiatisation et mépris

La Bundesliga a longtemps été sous-estimée médiatiquement, jusqu’au point où Orange Sport en a détenu les droits de diffusion en France pendant quelques années. Difficile de bénéficier d’une promotion ainsi. La méconnaissance de la situation actuelle de la Bundesliga est telle que j’entends souvent chez certains que les équipes à la lutte pour la 4e place sont « en course pour l’Europa League ». Alors que pour la deuxième année consécutive, l’Allemagne bénéficiera de 4 places qualificatives à la Ligue des Champions, au détriment de l’Italie. Preuve que le Bayern n’est pas le seul à porter haut les couleurs allemandes à l’indice UEFA (3e actuellement, ça pourrait changer incessamment sous peu). Schalke 04 avait atteint les demi-finales de la plus prestigieuse des compétitions européennes en 2010-2011, écartant au passage Valence et l’Inter, alors tenant du titre et bourreau de… Munich, en 1/8e. Cette année encore, les 7 clubs allemands engagés en Europe ont passé le stade des phases de poules (Dortmund, le Bayern et Schalke en Ligue des Champions, Hanovre, M’Gladbach, Stuttgart et Leverkusen en Ligue Europa). Si en D2 européenne, seul Stuttgart a atteint les 1/8e, Dortmund et le Bayern sont à deux doigts d’une finale 100% germanique en Ligue des Champions, et Schalke, qui sortait alors tout juste d’une très mauvaise passe en championnat (1 victoire en 10 matchs avant l’aller), avait loupé les quarts d’extrême justesse face à Galatasaray.

Autre explication à cette méconnaissance notoire : le passé récent face aux clubs français. Quand Dortmund, tout juste revenu en Ligue des Champions après son titre de champion d’Allemagne en 2011, se prenait une belle branlée au Vélodrome (3-0) l’an passé, l’idée que le champion d’Allemagne était bien loin du niveau des clubs français s’est ancrée dans le crâne de certains. Cette année, l’OM s’est fait éliminer en poules d’Europa Ligue, dépassé par un M’Gladbach alors moribond en championnat, en quête de repères après la perte de joueurs comme Reus, mais surtout Dante (Bayern) et Neustädter (Schalke 04). Résultat direct de cette condescendance relative ? Peut-être.

Kevin Trapp

Bayern/Dortmund, über alles ?

Autre point important, on a l’impression que, à l’image de la Liga avec le duo Barça/Real pour certains, seuls le Bayern et Dortmund ont un intérêt. S’il est vrai que lors des 10 dernières éditions le Bayern truste cinq titres de champion d’Allemagne, il ne faut pas oublier que le renouveau de Dortmund est très récent (6e en 2009-2010, champion les deux années qui suivent, 2e cette saison), et que des clubs comme Wolfsburg (2008-2009) et Stuttgart (2006-2007) ont glané des titres assez récemment.

Si aujourd’hui, ces deux clubs luttent plus pour le maintien et le ventre mou, il serait malvenu de les dénigrer (Diego, Olic à Wolfsburg ou Ibisevic à Stuttgart, liste non-exhaustive, sont quand même loin d’être des peintres). Deux équipes auxquelles on peut ajouter le Werder (champion en 2003-2004), loin d’être sauvé de la relégation cette année. C’est plus du côté de Leverkusen (seule équipe à avoir battu le Bayern en championnat cette saison) ou Schalke (double vainqueur de Dortmund, à la lutte avec le Bayern avant un gros trou d’air entre novembre et février) qu’il faut se tourner pour trouver des équipes compétitives, et avec des effectifs de qualité (Höwedes, Papadopoulos, Bastos, Draxler, Neustädter ou Huntelaar à Schalke ; Leno, Castro, Carvajal (gratté au Real), Lars Bender, Rolfes, Schürrle ou Kiessling à Leverkusen). Sans oublier Fribourg ou Francfort, deux équipes qui proposent un football de qualité sans pour autant avoir de noms ronflants, M’Gladbach, 4e l’an passé et à la lutte pour rééditer cette performance cette saison malgré de grands bouleversements dans l’effectif lors de l’intersaison (et le recrutement de jeunes joueurs prometteurs comme Luuk De Jong ou Granit Xhaka) et un départ catastrophique ou enfin Hambourg, apparemment de retour pour jouer les premiers rôles après quelques années compliquées (et qui a récupéré Van der Vaart, rien que ça).

Oui, le Bayern et Dortmund, dans une moindre mesure, écrasent totalement le championnat cette année, mais non, ils ne sont pas les seuls clubs dignes d’intérêt en Bundesliga.

Évoquons enfin en quelques mots que les clichés du type « ah oui oui ça marque de loin en Bundesliga mais c’est parce qu’ils sont allemands ça, c’est dans leurs gènes » ou « mouais, ok ça marque beaucoup mais il n’y a pas de défenses » (mais du coup, où est-ce qu’il y a des défenses alors) risquent de perdurer encore un peu ; que la Nationalmannschaft n’arrive pas, pour l’instant, à confirmer cette bonne santé  générale au niveau international (malgré une bien belle génération) ; et que la deuxième division allemande profite elle aussi de l’essor actuel, avec des stades pleins, du spectacle, et des équipes comme St Pauli qui, depuis toujours, dépassent largement les frontières de l’Allemagne en terme de notoriété (et qui débordent même du cadre du football).

Bref, est-ce que cette hype actuelle en faveur de la Bundesliga, et notamment le Bayern et Dortmund va perdurer pour autant ? Pas sûr. Si une affection particulière va assurément se créer et se pérenniser pour ces deux grands d’Europe, la médiatisation de la Bundesliga pourrait bien continuer à se limiter aux chocs entre ce duo là et éventuellement les derbys de la Ruhr (Dortmund/Schalke 04). Qui s’intéresse aujourd’hui à Nuremberg, Mayence ou Augsbourg ? Pas grand monde, il faut bien le dire. Et ça ne devrait pas changer de sitôt. Reste à voir si la Bundesliga aura droit à une place élargie dans les médias français dès la saison prochaine, quel que soit le vainqueur de la Ligue des Champions, car il sera Allemand. Elle le mériterait amplement. Mais pour rester tranquille, Foot + c’est bien aussi.

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