Nous avons souvent l’habitude de nommer « derbies » des rencontres où deux clubs d’une même ville – ou d’un même village – s’affrontent. Parfois, cette extension reste même valable pour des parties voyant s’affronter des équipes distantes de quelques centaines de kilomètres. Mais, dès lors, comment nomme-t-on une rencontre entre deux formations identiques ? Une rencontre où l’équipe 1 affronte l’équipe 2 ?
En Belgique, pays de la foutaise et du déluge administratif par excellence, deux formations issues du même club peuvent s’affronter. Et ça donne parfois naissance à une situation plutôt cocasse. A la limite de l’embarrassant. La Madjer avait rendez-vous, dimanche soir, en terre hennuyère. A quelques minutes à peine de l’Hexagone, pour un match de coupe aux allures particulières.
Avant toute chose, il nous semble nécessaire de vous expliquez quelques notions théoriques de base, afin de mieux comprendre la Belgique du football.
En théorie…
Actuellement, le football du Royaume est partagé en huit divisions. Quatre divisions nationales : la Jupiler Pro League (D1), la Proximus League (D2), les Divisions 3 (divisées en deux séries de 18 équipes) et les Promotions (D4, divisées en quatre séries de 16 équipes). Les quatre divisions restantes sont des divisions appelées « provinciales ». Elles regroupent les formations par provinces. Un exemple, les équipes du Hainaut jouent entre-elles, les équipes anversoises jouent entre-elles, etc. Après, il n’est pas excepté que ces divisions provinciales soient partagées en différentes séries géographiques. Quoiqu’il en soit, les séries ne changent en rien le niveau de la formation. Une équipe évoluant en deuxième provinciale (série) E évolue au même niveau sportif qu’une équipe évoluant au deuxième provinciale (série) D.
Plus globalement, les divisions nationales portes la lettre « D » (pour Division) et les divisions provinciales portes la lettre « P » (pour Provinciale). Ne soyez donc pas surpris si l’on vous déclare « La P4 est une division de bouchers ». Traduction : « En quatrième provinciale, les joueurs sont des barbares ». Normal, après tout, il s’agit de la dernière division du pays.
Voilà une première parenthèse fermée. Ouvrons-en une autre. Une courte, de préférence, afin de vous faciliter la tâche. Il existe différentes coupes, en Belgique. Même si la plus connue est… la Coupe de Belgique. Elle regroupe un grand nombre de formation du pays. Pour qu’une formation de P1, P2, P3 ou P4 puisse évoluer en Coupe de Belgique, elle se doit de passer plusieurs tours, l’année précédent la Coupe de Belgique, dans la coupe de sa province. Car oui, en Belgique, toutes les équipes ne participent pas à la Coupe de Belgique. C’est con. Mais c’est du belge.
Enfin, dernière information (et non des moindres), un club peut aligner deux équipes fanions dans les championnats. Vulgairement, une équipe « A » et une équipe « B ». Sauf, bien entendu, les formations de première et deuxième division nationale. C’est un joyeux bordel.
La Madjer avait donc rendez-vous, dimanche soir, à Naast, en Coupe du Hainaut pour voir s’affronter Naast B (P4) et Naast A (P2). Si vous avez bien compris nos explications, vous comprendrez aisément l’affiche et l’enjeu du match d’hier soir. Si pas, relisez les notions théoriques de base. Si, toujours pas, retenez simplement qu’il s’agissait d’un match de coupe entre deux mêmes formations. Un cas unique au monde, ou presque.
En pratique…
Il y a un problème majeur (enfin, s’il n’y en avait qu’un) dans le football belge : les hautes instances pondent des lois qu’ils ne testent pas. Ce qui a, souvent, tendance à provoquer des vides juridiques. Premier exemple, pour notre arrivée hier, au Sentier des Cinq Bonniers (le nom du stade du RSC Naast), une bien cocasse affaire animait les délégués des deux formations sœurs. Le programme informatique permettant de réaliser la feuille de match n’admettait pas que Naast A puisse affronter Naast B. Si bien que le fameux programme (qui se voulait révolutionnaire, lors de sa mise en service) plantait à chaque tentative d’encodage.
C’est donc à l’ancienne que l’on tente de se démener, du côté naastois, pour fournir à l’arbitre (et au journaliste), ladite feuille de match. Problème, on ne retrouve plus de feuille de match à l’ancienne. A une dizaine de minutes du coup d’envoi du match, c’est le doute qui règne. Jouera-t-on, finalement ?
Au loin, la tenancière de la buvette s’écrie : « C’est bon, les gars, j’en ai trouvée une dernière. Elle était collée sous une autre feuille. Ça fera l’affaire. Mais c’est la dernière des dernières. » Soulagement. L’épique rencontre aura bien lieu.
Aux abords du terrain, c’est une belle foule qui s’amasse. Tant du côté de la tribune centrale (trois gradins en béton, avec un toit) que de la tribune sud (une aubette, avec un barbecue éteint, à l’abri de la pluie). A proximité des 22 acteurs, nous retrouvons également une dizaine de vaches, le champ du fermier voisin étant collé aux installations sportives du club. Décor planté.
Sur le terrain, c’est assez folklorique. Que ce soit en France, dans les divisions inférieures, ou en Belgique, c’est identique. Le football est un langage universel. L’arrière-gauche de Naast B a un beau bedon. Les coéquipiers en tribune, blessés et suspendus, suivent le match attentivement. Une, deux, voire trois ou quatre bières à la main. Gosier bien pendu. Malgré la pluie, il ne fait jamais trop froid pour boire un coup.
Si le débat est équilibré (dans ce le sens péjoratif du terme), Naast A ne mettra qu’une vingtaine de minutes avant de déflorer la marque. Une frappe lointaine, venue des pieds de Duquesne, qui vaut, à elle seule, le déplacement. Nous n’épiloguerons pas sur la réaction plutôt passive de Riguel, le portier local. Réduite à néant. Clairement, nous pouvons nous dire que ce but est pour sa pomme. Mais nous ne retiendrons que la beauté du geste de l’attaquant adverse.
En théorie, comme en pratique, c’est à sens unique
Quelques minutes plus tard, le verrou de la seconde équipe a sauté : 0-2. Le coach des B tenta bel et bien d’encourager ses hommes par un « Ce n’est pas fini, les gars ». Mais personne n’y croira. Pas même lui. Du coup, la suite de la mi-temps se résume à une multitude d’opportunités plus dangereuses les unes que les autres, pour la formation A, visiteuse dans l’intitulé du match. Ca se balade et ça plante un dernier but, avant la pause. Ça claque. A la mi-temps, c’est 0-3 et Matthys, double buteur, se régale.
La seconde période est à sens unique et, une fois encore, un but spectaculaire est inscrit. D’une frappe galactique, venue de cinq ou six mètres du grand rectangle. Cette fois, le gardien n’y peut rien. Match à sens unique oblige, l’équipe B – qui avait réalisé ses trois changements à la pause – voit Riguel se blesser sur un dégagement anodin. Changement. Le quatrième. Et, pour l’anecdote supplémentaire, le gardien qui se trouvait entre les perches de Naast B était le… second gardien de Naast A. Pas mal.
Tiens, d’ailleurs, voilà qu’on nous informe que Cuardens, milieu récupérateur de cette même équipe B est, la plupart du temps, un titulaire indiscutable chez les A. Etant donné qu’il revient de blessure, l’entraîneur de Naast A a décidé de ne pas le cramer… et de le faire jouer avec les B. Logique.
Si ce n’est une belle mentalité de la seconde équipe, en deuxième période, malgré un score bien lourd, il n’y avait rien de bien particulier à dire sur le second chapitre de la rencontre. Nous aurions, sans aucun doute, tout comme l’entraîneur local, aimé voir ses protégés sauver l’honneur. Ils le méritaient, après tout. Et puis, ce n’est pas fair-play, de la part des A, de ne pas avoir laissé les frères planter un petit but. Ça ne coûtait rien… Et puis, nous n’étions plus à un gag près. Le score final restera, sans aucun doute anecdotique. Mais, l’air de rien, c’est un foutu score de forfait : 0-5.
PS : nous tenons à remercier le staff, les bénévoles et autres sympathisants nous ayant agréablement accueilli du côté du Sentier des Cinq Bonniers, pour cette agréable après-midi campagnarde.








