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The Flying Dutchman.

Ni moderne ni bling-bling, Dirk Kuyt fait partie de ces joueurs qui resteront dans la mémoire des supporters, qu’ils gagnent des titres ou non. Des Quick Boys à Liverpool en passant par Utrecht et Feyenoord, parcours.

Dirk Kuyt n’est pas séduisant. Il intéresse rarement des clubs. S’il fallait chiffrer son sex-appeal, le résultat serait sûrement négatif. Sa carrière est pourtant remplie de buts, de passes décisives, de chants en son honneur, de supporters adorateurs, pas toujours satisfaits de son rendement, mais jamais déçus de son engagement.

Au pays des moulins, des tulipes et du cannabis

Ce refus du bling-bling lui vient peut-être de son père, Dirk senior, pêcheur de Katwijk aan Zee. Quatre enfants, Dirk junior étant l’avant-dernier. Mini Dirk commence le foot à cinq ans, avec les « Quick Boys », un nom qui ne correspond pas vraiment aux qualités du Néerlandais. En 1998, il suffit de six matches et trois buts au bonhomme pour se faire repérer. A peine majeur, il signe au FC Utrecht. Trimballé entre le poste d’ailier et celui d’avant-centre au rythme des changements d’entraîneurs, Kuyt explose lors de la saison 2002-2003. Placé en 9 ou en 9 et demi, il inscrit 20 buts et remporte la finale de la Coupe des Pays-Bas 4-1 face au Feyenoord Rotterdam, pourtant favori. Auteur d’un but et nommé homme du match, Dirk est immédiatement recruté par le Feyenoord.

Constant, Kuyt inscrit à nouveau 21 buts lors de sa première saison avec son nouveau club. Et carrément 32 l’année suivante. Suffisant pour choper le brassard. Après une autre belle saison (25 buts durant la saison 2005/2006), il déclare son envie de découvrir l’Angleterre et signe à Liverpool.

Huit ans en professionnel aux Pays-Bas, Dirk peut quitter son pays fier de ce qu’il a accompli. Quasiment 130 buts en huit saisons, une Coupe nationale avec Utrecht, le brassard récupéré à Rotterdam. En 2006, le futur finaliste de la Coupe du Monde peut regretter un palmarès vierge au Feyenoord. Finale, un terme qui revient souvent dans la carrière de Kuyt

« Dirk Kuyt’s boss but he’s fucking ugly »

Le fils de pêcheur débarque donc sur les bords de la Mersey à l’été 2006. Recruté en tant que buteur, il réalise une saison en dessous de ses standards. Seulement 14 buts en 48 matches. Néanmoins, son activité impressionne, imposant une pression terrible 90 minutes durant à ses adversaires. Si les supporters lui reprochent une pointe de vitesse rivalisant avec celle de Peter Crouch, ils succombent aux trois poumons présents dans chaque orteil du Hollandais. Cette endurance exceptionnelle l’amènera à se fixer à un poste avec lequel il a déjà flirté : ailier. Malgré une saison moyenne, le Néerlandais venu pour gagner des titres croit enfin son rêve possible. Liverpool atteint la finale de la Ligue des Champions et retrouve le Milan AC, traumatisé deux ans plus tôt par un retour légendaire des Reds de 0-3 à 3-3 et une victoire aux tirs au but, séance dans laquelle Djibril Cissé réussit son penalty (traumatisme suprême pour le Milan). Mais la flamme n’est plus là et le club de Berlusconi remporte la compétition dans un match qui fait honte à la finale de 2005. Liverpool finit troisième du championnat. Fin de saison triste pour Kuyt, dont le père décède d’un cancer le 29 juin 2007.

Été 2007, Liverpool accueille Fernando Torres pour 35 millions d’euros. Arrivé de l’Atletico Madrid, l’Espagnol réalise une intégration canon. Kuyt, barré devant par « The Kid », ne perd pas pour autant sa place de titulaire. Benitez l’apprécie et le décale à droite. A l’heure où les ailiers en faux-pied pullulent, leurs dribbles chaloupés et leur vitesse aidant, Kuyt est une éclaircie dans ce ciel de grigris vomitifs. Le Batave est un battant, et rentre parfaitement dans le fighting spirit anglais, exacerbé à Liverpool grâce à des joueurs comme Gerrard ou Carragher. Toujours à fond, Kuyt ne fait pas une mauvaise saison mais ses statistiques restent moyennes (11 buts et 6 passes décisives). Les Reds finissent quatrième.

2008-2009 est la saison la plus réussie de Kuyt, et de Liverpool depuis son arrivée. 15 buts et 10 passes décisives. Et des buts capitaux. Face au Standard de Liège par exemple, pour le troisième tour préliminaire de la Ligue des Champions. Deux minutes avant la fin des prolongations du match retour, « Dangerous Dirk » marque et sauve Liverpool d’une séance de tirs aux buts. Les Reds iront jusqu’en quarts. Cette saison-là, Liverpool répéta les come-back hallucinants, et Kuyt en est un des responsables. Le Hollandais confirme sa capacité à être fort dans les grands matches, dans les grands moments. Malgré une magnifique saison de ses cadres, Liverpool finit deuxième, calant dans un sprint final qui laissera au passage des matchs anthologiques (Liverpool 4-4 Arsenal, Manchester United 1-4 Liverpool). La compétition entre les Red Devils et les Reds fournit une des meilleures saisons de Premier League de la décennie (la meilleure ?). Mais une fois de plus, Kuyt ne gagne pas un titre. Liverpool termine deuxième du championnat.

La saison 2009-2010 est à oublier. Entre recrutements ratés (Aquilani, Kyrgiakos) et blessures incessantes de Gerrard et de Torres, Liverpool sombre. Et son Hollandais avec. 11 buts en plus de 50 matches pour Kuyt, une saison quelconque. A l’intersaison, Kuyt déclarera son envie de partir, attiré par l’Inter de Benitez. Son voeu non exaucé, il n’ira pas au bras de fer ou autre idée débile utilisée par les joueurs de Ligue 1.

La sélection comme échappatoire

Kuyt fait ses premiers pas sous le maillot orange en 2004. Après une Coupe du Monde 2006 qu’il passe à moitié sur le banc, il réalise un Euro 2008 plus convaincant dans une belle équipe des Pays-Bas, qui sera sortie par la surprise du tournoi, la Russie. Kuyt n’a toujours pas connu de titres depuis son exil en Angleterre, et la sélection n’arrange pas ce problème.

En 2010, après une saison galère, Kuyt est sélectionné pour la Coupe du Monde. Il est titulaire à côté de Sneijder et de Robben, sortis d’une saison magnifique. Paradoxalement, c’est avec l’équipe hollandaise la plus moche dont il a fait partie que le Scouser s’approche le plus d’un titre, et pas n’importe lequel. Les Pays-Bas vont jusqu’en finale, laissant derrière eux les victimes des serial tacklers Van Bommel et De Jong. Pendant que Messi et Cricri facilitent la tâche à leurs détracteurs, Kuyt marque un but et donne trois passes décisives durant cette Coupe du Monde, sûrement en ayant éliminé un Danois au mieux. L’Espagne arrête la course des Hollandais vers leur première Coupe du Monde. C’est une nouvelle saison sans titre pour Dirk.

Kuyt a récemment marqué face à la Hongrie son 19ème but en 75 sélections.

2011, la renaissance en tant qu’attaquant ?

Fernando Torres qui l’avait poussé à droite parti, Kuyt a été replacé plus haut par Dalglish. Auparavant cantonné au couloir droit, il finit souvent dans la surface, en témoigne son triplé face à Manchester United. Fréquemment sur la même ligne que Suarez, qui tourne autour, le Hollandais peut-il retrouver son efficacité de l’époque Feyenoord ? En moins d’un mois, il a déjà inscrit cinq buts, tous décisifs (un donnant la victoire face au Sparta Prague, un ouvrant la voie à Liverpool face à Sunderland, victoire 2-0). Il est aussi auteur de sept passes décisives cette saison. Une reconversion en renard des surfaces pourrait lui convenir. Le retour de blessure d’Andy Carroll risque de le renvoyer à droite, voire pire, sur le banc. Une chose est sûre, le Hollandais donnera toujours son corps au football dès qu’il sera sur le terrain. Un dévouement qui le rend très populaire.

Une popularité qu’il utilise pour la réussite de sa fondation (appelé sobrement Dirk Kuyt Foundation), dédiée à l’aide des enfants défavorisés des Pays-Bas et du Tiers-Monde. Sa femme Gertrude (à la mode en Hollande ?), l’a aidé à créer cette fondation, qui collecte des fonds en vendant des t-shirts marque « Dirk Kuyt ». Son twitter est rempli de messages de pub pour sa fondation. Et de quelques messages concernant le football aussi.

Avant le match où il a mis un triplé dans la gueule de son compatriote Van Der Sar :

« But sure we will be ready on sunday for man. united game 😉 »

La classe.

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