Le sport a d’intéressant son perpétuel changement. Au début totalement basique, il a découvert les joies de la diffusion télé, puis l’intrusion de l’argent pour finir dans l’entertainement. Enfin cela concerne plus le football que le curling n’est ce pas ? D’un simple événement hebdomadaire, le football est devenu un incontournable des réseaux sociaux.
La télévision, cet ancêtre du football
« C’était mieux avant », quelle phrase fourre-tout que nous n’hésitons pas à sortir dans des périodes de nostalgie. Ce genre de moment arrivant quand 22 tocards ne veulent pas descendre d’un bus ou quand certains insultent des journalistes. Qui ne regrette pas ces instants où seuls, au fond d’une chambre, sans Internet ni ordinateur , nous suivions un match à la télé ou à la radio. Nous attendions le lendemain pour connaître tous les résultats, voire le week end pour découvrir les buts, ce qui devenait parfois insoutenable. Le samedi soir, les plus « riches » pouvaient admirer Jour de Foot (Canal+) avant de pouvoir s’endormir devant le Journal Du Hard. Les bourses les plus légères, elles, attendaient Telefoot le dimanche matin pour voir des buts et des reportages liés à la semaine écoulée. Enfin il était possible de survoler Stade2 puis finir son week end devant l’Equipe Du dimanche.
Aujourd’hui ce petit chemin de croix du fan de football existe toujours et il s’est même agrandi avec l’apparition de la TNT et de ses chaines infos (iTélé, BFMTV) ou encore les chaines sportives tel que Eurosport ou BeIN plus récemment. Tout ceci atténue largement l’intéret d’attendre son émission dominical, mais les irréductibles diront qu’avec des rendez vous tel que le Canal Football Club, il y a l’habitude de retrouver un présentateur. Une redondance presque paisible.
Petit à petit tout à foutu le camp. TF1 et Canal+ ont pris des voies différentes avec, pour la première chaîne privée, un refus de payer plus cher des images de son championnat national. Telefoot est devenu fade et presque sans intérêt avec pour la plupart du temps des sujets visant à réhabiliter des joueurs dans la tourmente. Quant à la chaîne cryptée, elle est partie sur une autre réflexion en se disant qu’il fallait donner des raisons de rester à ses abonnés autrement que pour le cinéma. Dépensant ainsi des centaines de millions d’euros, le groupe Canal s’est accaparé l’image de la L1 pendant vingt ans et aujourd’hui souffre à son tour de la concurrence financière de BeIN sport. On n’oubliera pas France Télévision et M6 qui s’occupent des restes du football. Malgré son pouvoir rassembleur, la télévision a rencontré il y a déjà quelques années un adverse de poids : Internet.
Raccrocher les wagons
Depuis l’émergence de Facebook, le football a pris une autre dimension médiatique et marketing avec la communication numérique. Les clubs de football possèdent tous une page facebook et, comme l’a récemment expliqué le site lequipe.fr, c’est l’Olympique de Marseille qui truste le classement français avec 2 millions de fans sur Facebook et environ 450 000 followers sur Twitter.* La popularité des réseaux sociaux a solidifié les certitudes des clubs sur le nombre de supporteurs qu’ils rassemblent, entraînant tout de même une perméabilité à la critique. Dirigeants ou joueurs ont décidé de jouer le jeu de la proximité avec le supporteur amenant parfois quelques risques. L’accessibilité de nos joueurs qui paraissaient tellement loin de notre canapé auparavant, brouille les frontières entre football et peoplisation. Ainsi on découvre l’envers du décor chez certains joueurs avec des tweets proposant des photos dans le centre de rééducation, ou, pire, ils partagent ce qu’ils sont entrain de manger. Pour ce dernier cas, la dernière barrière entre le monde des dieux du stade et monsieur tout le monde est largement détruite. Certains supporteurs n’hésitent pas à analyser le comportement des joueurs et à remettre en cause l’hygiène de vie. André Pierre Gignac attaquant de l’OM en est un exemple parfait. Samir Nasri de Manchester City a souvent fait parler de lui l’an dernier sur Twitter en ne manquant pas de mordant sur ses détracteurs. Aujourd’hui il est un peu plus discret. Les résultats sportifs font la pluie et le beau temps sur les réseaux sociaux.
Les médias ne sont pas en reste avec des journalistes possédant un compte Twitter, se mettant ainsi au même niveau que le supporteur lambda. A l’inverse des clubs, il est plus souvent chahuté par la communauté que félicité. Les membres du Canal Football Club comme Pierre Ménès ou Hervé Matthoux sont très souvent pris pour cible par rapport au contenu éditorial de leur émission dominicale. Pour certains il y a trop de sujet sur le PSG et pour d’autres la situation de l’OM est tournée en dérision, ou inversement. Tout cela devenant un savant mélange entre grotesque et paranoïa Les supporteurs ou amateurs de foot n’hésitent pas à tacler les journalistes et se plaignent quand ceci ont un peu de répondant. Mais est-ce légitime de se plaindre quand il s’agit de la seule émission non cryptée qui permet d’accéder gratuitement à tous les buts du championnat national ? Là est tout le soucis de se servir des réseaux sociaux pour donner un avis. Avant il était presque impossible de faire remonter des critiques, aujourd’hui les journalistes télé sont de vraies bêtes traquées.
Internet met presque en péril la crédibilité-pérennité de certaines émissions ou journalistes puisque sur ce média tout le monde est à égalité. L’utilisateur va plus souvent s’empresser de critiquer l’émission de Canal+ puisque c’est elle qui est détentrice des principaux droits télé. Le fait d’être diffusée en clair la met sur le front alors que le groupe BeINSport est plus en retrait du fait qu’elle nécessite un abonnement. Mais elle n’est cependant pas forcément épargnée, surtout avec son canal supporteur, où les twittos peuvent commenter le match et voir leur message passer à l’écran après modération. BeIN utilise très bien le concept et surfe sur une vague social web grandissante.
Pour finir avec le coté média des réseaux sociaux, il faut évoquer les matchs en streaming, devenus une sorte de fléau pour les patrons de chaînes. A cause de ça, les rôles sont inversés par rapport à l’époque où nous attendions sagement les buts. Tout est devenu instantané, un but exceptionnel marqué ? Dans les cinq minutes qui suivent le voilà sur Youtube ou un autre site de vidéos puis balancé sur les réseaux. Les chaînes de télé deviennent alors un service de rediffusion. Le but d’Ibrahimovic avec la Suède a fait rapidement le tour du web alors qu’ils n’étaient pas encore prévu dans les régies. De même pour les récents buts de Mexès ou Rami qui ont été diffusés sur internet alors que les matchs n’étaient pas encore fini. De quoi faire passer notre télévision pour un outil encore plus démodé que jamais. Aujourd’hui le patron à la télé, c’est le téléspectateur.
Associal Network
Internet a en lui cette chose magique qui est de faire tomber les distinctions sociales, à l’inverse des stades où suivant notre place (donc le prix), on se retrouvera avec des gens d’un certain milieu. Prenons le cas Twitter. Très riche en interactions, le site permet aux supporteurs et amateurs de foot d’échanger avec les autres et ainsi de créer une discussion sur un match qu’ils regardent tous les deux. A la différence de Facebook, ici le spam est moins flagrant puisque c’est le concept même des 140 caractères qui est utilisé : commenter ce que l’on fait en live. Donner son avis sur un match est donc tout à fait légitime. Certains n’hésitent pas à tweeter en direct du stade en diffusant photo ou en décrivant l’ambiance. En revanche, la difficulté apparaît avec la limite de 140 caractères par message obligeant la personne à être efficace ou bien à entamer un second tweet. De ce fait, certains utilisateurs essaient de faire mouche avec un seul message et chaque match donne l’occasion de voir qui est le plus créatif en terme de critique/avis. Entre course au retweet ou à la vanne facile, l’égo a une place importante sur Twitter, la masturbation intellectuelle moderne en somme.
Avec tout ça, il est tout à fait logique de retrouver des supporteurs voire même des groupes organisés rassemblant sous un seul compte des centaines de followers. Si, en théorie l’idée est séduisante, elle inhibe complètement le concept de ce réseau. Puisque le compte parle aux noms de, et donc à la place des supporteurs. Etre unis sous les mêmes couleurs, oui, mais pas n’importe comment. Certains utilisateurs ont l’idée lumineuse d’organiser des rencontres, développer des relations et continuer de discuter du ballon rond. La passerelle entre virtuel et réelle n’est jamais trop longue.
Twitter a malheureusement un potentiel de clashabilité assez effarante. Suivant le club supporté, la joute verbal n’est jamais très loin, et là, à l’inverse du tweet efficace, c’est presque une guerre ouverte qui se déclenche. C’est à ce moment que le lien entre Internet et match au stade est criant. On retrouve le même type de comportement primaire, tant dans une enceinte sportive que chez certains utilisateurs et le tout étant écrit sur notre écran d’ordinateur, cela en est presque plus violent. Mais une fois le coup de sifflet finale donné, le calme reprend ses droits et tout le monde retourne à ses occupations. Pour certains le rendez vous est pris pour le prochain match et ainsi de simple inconu on devient une « connaissance virtuelle ». Les puristes trouveront quand même qu’il n’y a rien de mieux que l’ambiance d’un stade plein où règnent ferveur, chaleur, plaisir ou purge. A l’inverse de la télévision (ou les streamings), internet n’est pas capable de retranscrire le foot-spectacle.
Qu’il soit pro-Facebook ou pro-Twitter, le public a le choix des armes et peut critiquer, commenter à tout va. Il est pratiquement sûr d’entrer en contact avec une autre personne. Les deux sites majeurs de l’échange social ont leurs propres codes qu’il faut assimiler. Un statut Facebook est intemporel et peut être lu n’importe quand, le contexte est très peu pris en compte alors que sur Twitter, c’est le concept d’instantanéité qui prime sur le reste, sans oublier qu’il est possible de filtrer le contenu. Le principal soucis de l’utilisateur reste donc le choix.
Le football va continuer de muter, c’est inévitable, il se nourrit de ce qu’il l’entoure et de ce que peut apporter le public. Se basant sur le système de la consommation, Internet propose ce que l’utilisateur veut. Véritable fourmilière, les réseaux sociaux sont une parfaite représentation de ce qu’on trouve dans un stade, dans notre sport. Du génie et de la bêtise.
*La Madjer étant souvent taxée d’équipe 100% acquise à la cause marseillaise, elle décline toutes responsabilités sur les chiffres cités précédemment.





