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Après avoir bousculé les conventions établies en portant le nombre de participants à l’Euro à vingt-quatre (en vigueur à partir de 2016), puis en promettant un véritable « Euro d’Europe » sans pays organisateur en 2020, voilà que Michel Platini s’attaque au chantier de la Coupe du Monde en proposant l’extension du nombre d’équipes nationales à quarante. Que faut-il penser de tout cela ? Éléments de réponse.

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Michel Platini a encore frappé. Le président de l’UEFA, peu avare en réformes depuis son intronisation à la tête de la fédération européenne en 2007, souhaite proposer un projet qui sent bon la campagne présidentielle. L’illustre meneur de jeu français vise la FIFA, et pour viser juste, c’est à la vitrine de la fédération internationale qu’il s’est attaqué. Faisant écho aux déclarations de l’actuel président Joseph Blatter, qui déplorait la trop faible représentation des fédérations asiatiques et africaines par rapport aux fédérations européennes au plus haut niveau international, le futur candidat est allé plus loin : « Je suis d’accord pour qu’il y ait davantage d’équipes d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique du nord à la Coupe du monde. Alors pourquoi ne pas passer de 32 à 40 équipes ? Cela ferait huit groupes de 5 équipes. » Bim. Si nous voyons là une simple stratégie de campagne visant à s’approprier le vote des « petites » fédérations, quelles conséquences cette proposition pourrait-elle entraîner pour la compétition ?

Plus d’équipes, moins d’Europe

Dans sa riche histoire, la Coupe du monde a toujours compté sur une haute représentation des fédérations européennes. En effet, si l’on excepte l’édition-pilote de 1930, l’Europe a toujours présenté 2/5 des participants à la grand-messe du football international. Ce fut le cas pendant la longue période à 16 équipes (1934 – 1978), où elle représentait au moins à chaque fois la moitié des qualifiés, mais également pendant le passage à 24 équipes (1982 – 1994), et c’est toujours le cas aujourd’hui, à 32 sélections qualifiées. Entre 1998 et 2010, l’Europe s’est vue dépossédée de deux représentants, passant ainsi de 15 équipes qualifiées à 13, soit autant que les sélections sud-américaines, africaines et centre-américaines réunies. Preuve est faite de la volonté de la FIFA d’orienter le Mondial vers un cadre moins « européanisé ».

Platini précise. Sur les 8 nouvelles équipes nationales, l’Europe serait la moins bien lotie, avec un seul représentant supplémentaire. Deux pays africains, deux pays asiatiques, deux pays de la zone CONCACAF, et enfin un pays océanien. La Coupe du monde pour tous, avec une prime aux représentants des plus grosses confédérations, comme le souhaite Sepp Blatter : « Les Européens et les Sud-Américains ont la majorité des places pour la Coupe du monde alors qu’ils ont moins de fédérations que l’Afrique et l’Asie. » Et peu importe si, parmi les quelques fédérations sud-américaines, on peut compter trois anciens vainqueurs du trophée. Pour la FIFA, en temps de campagne, la valeur sportive d’une équipe nationale passe derrière l’appartenance à une confédération de plus ou moins grande taille.

Que sortez-vous de mon chapeau ?

Dans la mouture actuelle, les 32 équipes qualifiées pour la Coupe du monde sont disposées dans 4 chapeaux : un premier constitué du pays organisateur et des 7 meilleures formations qualifiées au regard du controversé classement FIFA, et les autres qui regroupent les confédérations. D’où vient le souci ? Sepp Blatter, actuel président de la fédération internationale, a constaté il y a deux jours la trop grande proportion d’équipes européennes qualifiées pour la phase finale. De fait, l’abondance de pays qualifiés issus du Vieux Continent a déjà posé quelques problèmes dans la constitution des chapeaux, la Serbie-Monténégro ayant eu la surprise d’être placée dans un chapeau « spécial » rien qu’à elle en 2006, pour éviter la rencontre entre trois équipes européennes dès le premier tour. Le même cas de figure s’imposera au Brésil, puisqu’un des barragistes victorieux de la zone UEFA évitera le chapeau européen.

Que pourrait donc changer l’arrivée de 8 nouvelles équipes nationales, en majorité asiatiques, nord-américaines et africaines ? La disparition de ces anomalies ? Peut-être, mais la disposition des « têtes de série » dans un premier chapeau reste aléatoire, et la FIFA n’est pas à l’abri de nouvelles situations ubuesques. Imaginons par exemple un premier chapeau composé d’un nombre minoritaire de « têtes de série » européennes. Si les chapeaux constitués par regroupement des confédérations est conservé, le problème ne saurait être résolu puisque les formations européennes seraient disposées sur 3 chapeaux. C’est pourquoi la proposition de passer à 40 pays qualifiés ne peut être accompagné, à notre sens, que par une réforme de la disposition des chapeaux, par exemple en ouvrant le classement FIFA à l’ensemble des chapeaux. Se poserait alors la question des collisions entre pays d’une même confédération (3 pays européens dans une même poule ?). La FIFA devra trancher cette interrogation, en conciliant niveau sportif des équipes nationales et équilibre entre confédérations.

Une surenchère qui coûte cher

En pleine polémique sur le coût de la Coupe du monde au Brésil, les dépenses engagées pour l’organisation étant tout de même estimées à plus de 10 milliards d’euros, la proposition de Michel Platini vient comme un cheveu dans la soupe. Pour un pays organisateur, accueillir 8 équipes supplémentaires signifierait l’édification ou la rénovation d’infrastructures, entraînant inéluctablement des coûts pharaoniques supplémentaires. On peut dès lors penser que la charge d’une telle organisation ne pourrait échoir avant tout qu’à des pays immensément riches, à l’image de la Russie et du Qatar, au détriment des dossiers techniques d’autres candidats. En plus d’accueillir la compétition (et le flot de visiteurs habituel) pour un temps supplémentaire. Le président de l’UEFA assure pourtant que « cela ne rajouterait que trois jours de compétition à la Coupe du monde ». En resserrant le calendrier des matchs et ainsi créer une usine à gaz ? Monsieur Platini, cette idée pourrait coûter cher.

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