Suite au fiasco de la Coupe du Monde 2010, la Fédération Française de football a mis en place une cellule secrète chargée de gérer les potentielles crises. Inconnue du grand public, elle est dirigée par Jérémy Toulalan. Indispensable au fonctionnement de cette CIA du ballon, il ne pouvait pas être sélectionné pour jouer l’Euro. Grâce à des amitiés parmi le conseil fédéral, nous avons pu récupérer certains documents. Notamment des lettres où le joueur de Malaga anticipe des situations compliquées et écrit des lettres destinées à Laurent Blanc pour « aplanir les braises » comme dirait le poète Sébastien Dupuis. Voici celle concernant Jérémy Ménez.

« Kirsha, Ukraine, jeudi 7 juin 2012,

Le risque était connu. Quand j’ai vu la liste des 25 puis des 23, j’ai pensé que si problème il y avait, Jérémy serait concerné. Jérémy Ménez. Trop marginal, trop fermé, et puis surtout très con. Je me souviens encore de ce Monaco – Lyon après lequel nous avions discuté. Jérémy était persuadé que Nimani était des paroles de « Numa Numa » par O-zone. Il ne voulait pas lui faire la passe sur le terrain, par peur que Frédéric vole le ballon, comme « tous les roumains ». J’entendais Dominique Grimault rire depuis les tribunes. Je lui avais fait remarquer que les roumains qui ne connaissaient pas la station Châtelet n’existaient pas. Et puis Frédéric était noir, tout de même. « Mais tous les Roumains sont noirs, ils se maquillent pour ne pas être repérés. J’ai vu ça dans un spectacle de Dieudonné », m’avait expliqué Jérémy. Je n’ai plus jamais essayé de le raisonner. Jérémy vit dans un autre monde, celui où faire une passe à Kevin Gameiro n’est pas une bonne idée. « Amalfitano n’a pas arrêté de le faire, t’as vu où il est maintenant ? ». Jérémy n’avait pas tort.

Depuis un an, Ménez s’en sort bien. Il a signé à Paris, fait une bonne saison. En équipe de France, il a été plutôt bon et s’est assuré un avenir en bleu. Mais Ménez est mal-aimé. Sifflé par ses propres supporters à son arrivée, sifflé par les autres quelques mois plus tard. Une image de joueur personnel, un mec pas vraiment sympa avec les médias. Et des coupes de cheveux psychédéliques. Le lynchage vous marque. Il vous fait rire, puis vous use. Un jour de novembre, pendant la mini-crise du PSG, j’avais conseillé à Jérémy d’en parler à Jerôme Rothen. « Qui ? ». Les Qataris semblaient avoir effacé tout le passé du PSG. « Le dernier joueur à avoir marqué un coup franc en équipe de France », lui avais-je répondu. Il avait disparu dans l’instant. Je l’avais revu quelques jours plus tard.

- J’ai regardé sur YouTube le coup franc de Robben.
– Rothen.
– Oui, Rothen. C’était contre les Îles Féroé. Ça compte pas. Même Ben Arfa avait marqué. Et puis 2007 ! T’avais pas encore de cheveux blancs, y a prescription !

J’ai arrêté de parler avec Jérémy pendant quelques temps. Je ne savais pas quoi penser de lui. J’hésitais entre le juger méprisant ou juste manquant de tact. Depuis, nous avions discuté au téléphone, sporadiquement. L’Euro est vite arrivé.

Il y a quelques jours, Jérémy m’a appelé, il paniquait.

- La Toul ?! Je dois rentrer ! J’en peux plus. Il me cherche. Je suis caché sous le lit de Yann. Il y a des montres par terre.
– Il te cherche ? Qui ?
– Numéro 3 ! Il est complètement taré. Il se balade dans les rues de la ville, il va sur les terrains de foot et quand il repart, tout le monde veut jouer défenseur. Je dois partir. Je te rappelle- AAAAAAAAAAAAH !

J’avais appris le lendemain que Cédric Carrasso pourchassait tous les attaquants présents en Ukraine. Il les forçait à venir s’entraîner avec lui, puis il arrêtait tous leurs tirs. Jérémy était au fond du trou. Ribéry avait ressuscité, poussant Nasri à droite et Ménez sur le banc. Le pire avait suivi. Promu grâce à la santé défaillante de Thierry Roland, Denis Balbir s’était rendu au camp des Bleus pour en interviewer certains. Jérémy faisait partie de ceux-là. Denis avait commencé par des questions purement footballistiques, conventionnelles. Jérémy répondait calmement, même si ses yeux lançaient des sorts de mépris. Denis s’était ensuite égaré, posant des questions sur Émilie Nataf, la nouvelle saison de Secret Story, et enfin, la coupe de cheveux de Jérémy. Trop souvent taquiné sur le sujet, Ménez avait craqué. Il avait explosé de rage, jurant de « noyer Balbir dans un pot de gomina ». Il avait essayé, empruntant celui de Mathieu Valbuena. Le Marseillais se roulait par terre, convulsant. Personne n’osa l’accuser de simulation.

Si je vous écris cette lettre, Laurent, c’est pour que vous compreniez que Jérémy vit une période difficile. Je vous demande de le pardonner. Si vous pouviez décaler les horaires de repas pour le laisser regarder Secret Story, ce serait très apprécié. Apparemment, Capucine lui plaît beaucoup.

Jérémy Toulalan. »

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