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Hier soir débutait la Ligue des Champions, soit la plus grande compétition du football européen de clubs et le seul moment en France où se côtoient stars médiatiques et journalistes. L’arrivée de Zlatan Ibrahimovic et de toute son extravagance dans une écurie française a donné lieu à l’une des soirées les plus navrantes de l’histoire de Canal+. Récit et analyse.

Sur Canal+, la Ligue des Champions a toujours bénéficié d’un soin particulier. Commentateurs célèbres (Aimé Jacquet), consultants de choix (Zinedine Zidane et ses analyses creuses), animateurs habillés avec la classe que ces soirées imposent (Hervé Mathoux ou encore Nathalie Ianetta qui remettait le couvert cette saison). Dépossédé de son nombre pléthorique de matchs européens par les qataris de BeIn Sport, la clique de Cyril Linette devait nous présenter un des éléments de « l’offre exceptionnelle » de la chaîne cryptée en matière de football. Ainsi donc, le Petit Journal de Yann Barthès laissait la main au Canal Champions Club, un Canal Football Club sans la Grande Récré. Marco Simone, Christophe Dugarry et Paul Le Guen trônent à la table des consultants, Nathalie Ianetta préside et Nicolas Tourriol tient le rôle de « monsieur statistiques » en l’absence de Dominique Armand. Le décor est planté, place au direct.

Soirée « Zlatanée »

Le retour du PSG en Ligue des Champions sur Canal+ apparaissait comme une évidence si l’on s’en tient au traitement dont bénéficie le club de la capitale depuis le début de saison en terme de diffusion (lire « La diversité sauce Canal. »). Non, ce qui est bien plus regrettable, c’est le traitement du cas PSG. Le seul moment de jeu que nous a présenté l’avant-match était une rétrospective sur l’âge doré du Dynamo Kiev au moment où celui-ci était drivé par l’immense Valery Lobanovski (sur lequel nous avions présenté quelques lignes ici). Cela concernait l’adversaire parisien du soir et on peut regretter que ce moment ait été mis en avant par rapport au reste.

Le traitement du cas PSG, donc. Entre le reportage quasi-hebdomadaire sur le changement de stature du club de la capitale et l’ombre gigantesque de Zlatan Ibrahimovic sur le paysage médiatique du foot hexagonal, aucune notion de jeu n’a été abordée hier soir. La propension du géant suédois à être dans l’excessif a follement enfiévré Canal+ hier soir jusqu’à nous proposer une mi-temps qui sentait bon l’overdose. Utilisation du verbe « zlataner » inventé par Les Guignols de l’Info (à croire que Canal+ aime à caricaturer sa propre caricature), comparaison surréaliste avec une œuvre d’art par Nathalie Ianetta ou avec le général romain Cesar par Christophe Dugarry. La réalisation du match proposée par Jean-Jacques Amsallem ne s’y est pas trompée et s’est mise au diapason du plateau en proposant une entrée des joueurs quasi-exclusivement réservée à la grande recrue médiatique de l’été.

Après une première période ayant vu Franck Sauzée et surtout Grégoire Margotton se concentrer principalement sur la prestation du suédois, la mi-temps en plateau a donc laissé place au grand n’importe quoi. 15 minutes de Zlatan Ibrahimovic et pas autre chose à la bouche. Un concert de louanges à peine interrompu par Paul Le Guen qui rappelait à ses interlocuteurs que le suédois n’avait pas tout réussi. Symptomatique, Nathalie Ianetta parlait de lui pendant que les images montraient le pénalty obtenu par Jérémy Ménez, plus convainquant que le suédois hier soir.

Traitement individualisé du sport collectif

Là est véritable enseignement de la soirée Canal. A trop en faire sur une personnalité aussi imposante musculairement que médiatiquement, on en oublie qu’il y a une équipe derrière et que si le PSG a gagné tranquillement, la totalité des joueurs en était responsable (il s’agit là encore d’une dérive liée à la caricature des Guignols sur Zlatan). En abreuvant les téléspectateurs d’exploits personnels aussi jolis que brefs, Canal+dénature le jeu de football.

Plus généralement, cette dérive de la personnalité médiatique qui prend toute la lumière au détriment de la personnalité collective n’est pas une spécificité Canal. Ainsi, alors que le Portugal s’en sortait difficilement au Luxembourg, lequipe.fr titrait « CR7 tremble », comme si l’attaquant du Real Madrid représentait toute la Selecçao. Le football est un sport collectif qui s’individualise de plus en plus, et c’est bien malheureux. Gary Lineker, qui s’est reconverti consultant télé, aurait pu lâcher cette phrase : « Le football est un sport simple : 22 hommes poursuivent un ballon pendant 90 minutes et à la fin, c’est le joueur le plus médiatique qui gagne ».

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