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Canal + s’enfonçait dans le stupide tourbillon médiatique du foot français en proposant, à l’occasion du sommet de cette journée de Ligue 1, la Beck cam. Une caméra. David Beckham. Un Paris-Marseille. Vous avez compris l’idée. Alors nous, à la Madjer, on s’est dit que c’était une super idée, et on l’a honteusement reproduite pour un joueur marseillais : Jérémy Morel. Ouais mon gars, c’est pas de la cam-lote.

Jérémy Morel champion du monde

Première mi-temps

-5′ : on fait signe à Jérémy que le match sera un poil retardé, il y a de la sono, la présentation de Beckham et le coup d’envoi fictif par Ronaldo. Il répond qu’il s’en fout, il joue pas ce soir. Le caméraman lui dit qu’il est pourtant sur le feuille de match. Panique.

0′ : Jérémy a les yeux tout rond quand il rentre sur la pelouse. Il a rien préparé pour ce soir, ça se voit, et il sait que ça se voit. Il inspire profondément et essaye de calmer ses spasmes du torse, qui le font bouger d’avant en arrière. Il pourrait se mettre en boule, ça ferait de lui un parfait autiste. Il lutte pour ne pas s’asseoir. Coup de sifflet, ça commence. Ses pieds refusent de lui obéir.

1′ : premier mouvement de Jérémy. Il se déracine et sort de son état de choc pour tenter de rattraper Lucas, juste après le poteau de Lavezzi.

2′ : la machine Morel s’emballe, il délivre son premier centre pour Sirigu. Un sourire se dessine sur le visage du latéral. Ce soir, il n’aura pas eu besoin de s’échauffer pour régler sa mire. C’est toujours ça de pris.

5′ : il saisit le ballon à la main pour effectuer une touche. Jérémy a clairement pris la confiance. Le ballon finit dans les pieds d’un Parisien.

7′ : Jallet et Lucas se précipitent ballon au pied face à lui. La caméra dézoome, Jérémy est vraiment seul face à ces deux vis-à-vis. Il ne fait rien.

8′ : Jérémy remonte tout le terrain pour passer en mode attaque, parce qu’il en a marre de se faire manger derrière. Il combine avec Valbuena qui lui rend le ballon, il déclenche un centre qui rebondit directement sur un défenseur parisien… puis revient sur Jérémy qui n’a rien compris. Ballon perdu.

12′ : but contre-son-camp de N’koulou. Ralenti de la Morelcam. On apprécie se course, les cages vides, le ballon qui rentrera à coup sûr, l’air désespéré dans le regard mais qui refuse de s’arrêter tant que le ballon ne franchit pas la ligne.

22′ : Jérémy veut être de retour dans le game et être de nouveau concerné par le jeu. Il monte, écarte le jeu sur une montée, hérite d’un bon ballon et le perd. Il redescend, doucement, serrant les dents.

23′ : tiens, sur son chemin pédestre, la défense phocéenne lui balance un ballon pour amorcer une contre-attaque. Il se retourne et vise Ayew. Passe loupée.

32′ : saoulé, il arrête de monter pour se concentrer sur les phases défensives exclusivement. D’ailleurs, le voilà balle au pied et il décoche un long ballon. Comme un symbole d’une sale soirée, c’est Verratti qui intercepte le cuir, du bras.

35′ : Jérémy veut la jouer façon italienne, alors il fait main. Mais ça se voit. Faute.

37′ : il défie Pastore en le bloquant de tout son corps. C’est beau, ça énerve l’Argentin d’ailleurs. Mais le Marseillais réussit son coup.

41′ : gros stress. Sur une fulgurante contre-attaque parisienne, Jérémy se voit obliger de marquer Ibrahimovic. Heureusement pour lui, il n’a pas du se battre dans les airs contre lui. Ou sur le sol.

45′ : mi-temps. Jérémy rentre tout seul dans les vestiaires. Il trébuche sur la première marche des escaliers et il a de la neige dans ses chaussettes.

Deuxième mi-temps

47′ : CARTON JAUNE ! Jérémy reçoit un carton jaune après avoir opposé son bras sur le chemin du corps de Lucas.

57′ : PREMIÈRE PASSE RÉUSSIE ! Cette seconde période est décidément synonyme de festival. Le Marseillais ajuste sa mire pour adresser une merveille de passe courte, à 2,50 mètres pour André-Pierre Gignac. Qui se fait tacler juste après. Putain de malédiction.

60′ : la Morelcam commence à diffuser des vidéos de ses plus beaux centres tant il ne se passe rien dans son couloir.

68′ :  Ayew fait confiance au latéral pour qu’il ajuste un centre. Il s’exécute et le ballon ne dépasse pas le mètre au-dessus de la pelouse.

72′ : Jérémy se gratte les fesses, la moustache et se réchauffe les doigts.

77′ : nouveau centre, nouvelle déception. Il a la mine déconfite.

80′ : la caméra prend en gros plan la pelouse. Le mec derrière s’est endormi.

86′ : ultime rebondissement de la soirée, ça devient chaud pour les Parisiens, de plus en plus acculés. Jérémy peut être l’homme de la libération. Il s’apprête à centrer. Ses coéquipiers quittent déjà la surface de réparation. Le ballon est perdu.

90′ : coup de sifflet final. Jérémy espère au moins amortir sa soirée en allant échanger deux-trois mots avec Beckham. Baup lui gueule dessus. Jérémy réalise également qu’il ne comprend pas l’anglais. Il rentre au vestiaire, la tête basse, loin des projecteurs… sans se douter qu’une caméra l’a suivi toute la soirée.

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