Il arrive parfois que la rédaction de La Madjer se lasse des David Beckham, Cristiano Ronaldo et autres Zlatan. Du coup, pour une fois, on a décidé d’aller faire un tour dans les divisions d’en-bas, celles où il fait froid. On quitte, quelques instants, notre douce France pour la Belgique et sa très célèbre troisième division. Rencontre avec Kevin Nakache, un des nombreux français exilés au Pays de la bière et de la frite. Et contrairement à Depardieu, Nakache a quitté l’Hexagone pour une bonne raison : le football.
Salut, Kevin. Avant toute chose, la rédaction de La Madjer tient à te remercier d’avoir accepté cette interview. Pour commencer, peux-tu nous en dire un peu plus sur toi et ton parcours ?
Je suis né sur la Côte d’Azur, à Cannes, plus précisément. J’ai débuté le football à l’âge de 7 ans, à Juan-les-Pins . À 14 ans, à peine, je me suis retrouvé au Centre de Formation de l’AS Cannes. J’ai ainsi évolué sous le maillot des Dragons jusqu’à mes 17 ans avant de partir pour le RC Lens. C’est justement dans le nord que j’ai terminé ma formation, à la porte du monde professionnel. Après ce passage chez les Sang et Or, je me suis dirigé vers le Hyères FC, en National, puis en troisième division espagnole à Barakaldo. Suite à cette saison en Espagne, où le club a rencontré différents problèmes financiers, j’ai décidé de retrouver la France, en m’engageant au Gap FC, en CFA. Hélas, l’avenir du club ne laissait pas présager que du positif. En décembre, le club dû se résoudre à déposer le bilan… Dès lors, j’ai décidé de poursuivre la saison à Dunkerque, toujours en CFA. Enfin, cet été, j’ai signé en Belgique, à La Louvière, en troisième division. En ce qui me concerne, en tant que joueur, mon poste favori est celui de milieu de terrain défensif, tout en ayant une certaine liberté, en étant capable de me projeter vers l’avant, un genre de box-to-box. Exactement le rôle que j’incarne depuis cette saison, à La Louvière.
« Un objectif : retrouver le football professionnel »
Tu as donc signé, en juillet dernier, un contrat chez les Loups de La Louvière, en Division 3. Comment as-tu été amené à signer un contrat dans la région du Centre ?
J’étais dans une période creuse, une période de troubles et de doutes. A vrai dire, je commençais vraiment à m’inquiéter. Durant un long mois, je me suis retrouvé sans proposition concrète. Alors que tout semblait perdu, j’ai eu l’opportunité de réaliser un test, à La Louvière, par le biais d’un ami footballeur qui connaissait le recruteur du club. Un essai qui s’est voulu concluant. En me présentant leur projet – retrouver un club au niveau professionnel dans les plus brefs délais – les responsables du club ont trouvé les arguments pour me convaincre de poser mes bagages au Tivoli. Ce qui est intéressant ici, c’est que si les ambitions sont conséquentes, les dispositions prises par la direction afin de les faire aboutir sont encore plus importantes. Un objectif est à la base de ma collaboration avec le club : retrouver le monde professionnel.
Actuellement, comment cela se passe-t-il dans ton nouveau club ?
Nous avons mis longtemps avant de prendre nos marques, dans cette troisième division belge. Il me semble également nécessaire de préciser que près de 75 % du noyau a été remanié durant le mercato estival. Le club a dû se reconstruire, pallier les différents départs et autres fins de contrats. Ceci explique certainement notre léger retard au classement général. Pourtant, par la suite, nous avons senti une réelle amélioration, montré un tout autre fond de jeu. Sans ce début de saison délicat, nous serions en tête du classement. Mais je ne me fais pas de soucis, l’équipe va continuer de progresser. Actuellement, nous sommes troisièmes, à quelques points du leader, Virton. Nous sommes à la place que nous méritons. Lorsque le sprint final sera lancé, c’est là que nous pourrons faire la différence. A titre personnel, ma saison se déroule plutôt bien. Je me sens épanoui dans cette équipe, dans ce groupe. J’ai d’ailleurs inscrit 9 buts, offert plusieurs passes décisives, tout cela en 20 rencontres. Un bon début.
« Un public qui n’est pas à sa place en troisième division »
Au-delà du fait d’évoluer en Division 3, La Louvière est un club historique puisqu’il y a peu, les Loups évoluaient encore en première division belge et remportaient même la Coupe de Belgique, en 2003. Ce passé glorieux se fait-il encore ressentir, les soirs de matchs ? Ressens-tu une pression particulière des supporters ?
Je ne parlerai pas de pression de la part des supporters mais plutôt d’un certain engouement. Ce sont des supporters fanatiques, qui ont connu le haut niveau et qui veulent le retrouver. Le public connait pas mal de galères depuis plusieurs saisons. Mais nous sommes conscients que c’est une chance énorme de jouir d’une telle ferveur, en Division 3. Assurément, il n y a pas d’autres équipes de troisième division capables de rivaliser, sur ce point de vue-là. Et d’après les dires de certains, nous n’avons encore rien vu… Le club respire encore la Division 1 et la ferveur populaire.
Beaucoup de Français ont évolué sous le maillot louviérois. En première division, on retrouvait même un certain Albert Cartier ou encore un Daniel Leclerq sur le banc, en tant qu’entraîneur principal. Des joueurs comme Yannick Zambernardi, Geoffray Toyes, Nicolas Ouédec ou encore Mario Espartero ont également joué pour La Louvière. Aujourd’hui, les traditions n’ont pas changées et on retrouve une flopée d’éléments français portant les couleurs louviéroises : Jérémy Lempereur, Aziz El Kanchaf, Alexandre Guinot, Marwan Gargouri et j’en passe. La Belgique a l’air de vous convenir, n’est-ce pas ?
La Belgique est une véritable terre d’accueil pour les footballeurs français pour une question de langue et de proximité. Il s’agit peut-être du pays le moins dépaysant pour nous. Le facteur langue facilite déjà l’adaptation des joueurs français, surtout en Wallonie. L’accueil qui nous est réservé, ainsi que la confiance qui nous est accordée par la direction et le public ne peuvent être récompensés que par une nouvelle ligne, au palmarès louviérois. Il est de notre devoir, avec notre « colonie » d’offrir à cette ville et à ce club une accession à la Division 2. Enfin, étant donné que je suis originaire du Sud de la France, le caractère méditerranéen de la région du Centre facilite encore plus mon adaptation, dans cette petite ville agréable.
Tu t’es vu confier le brassard de capitaine, après quelques mois. Cela a-t-il modifié ton comportement au sein du groupe ?
Le fait d’être capitaine n’a pas fait de moi un autre homme, sur le terrain. C’est une fierté, certes, mais ça n’affecte pas mon comportement, mon jeu et encore moins ma façon d’être. Être capitaine, ça vous vient naturellement, c’est inné d’endosser un tel rôle. Mais ce rôle implique plus de responsabilités, notamment en dehors du terrain mais je ne m’en plains pas. C’est ça, également, d’être capitaine. De plus, même en étant nouveau, le fait de recevoir le brassard de capitaine n’a pas aigri les plus anciens du club. Que du contraire. Nous discutons souvent avec des joueurs comme Aziz El Kanchaf, un ancien du cru ou encore avec Ibrahim Salou (qui à côtoyé un certain Thierry Henri au Red Bull New-York), un ancien joueur de Division 1, un gars d’expérience. Ce sont des cadres de l’équipe et ils m’accompagnent dans mon rôle de capitaine.
On le sait, La Louvière, même en Division 3, compte plusieurs joueurs professionnels dans son effectif. Clairement, as-tu un contrat pro, au Stade du Tivoli ?
Clairement, oui, je vis du football.
Comment envisages-tu l’avenir ?
Pour l’instant, je ne me suis pas encore posé la question. A vrai dire, le groupe n’a qu’une idée en tête : rejoindre l’étage supérieur. Je verrai bien, à la fin de cette saison, où nous en serons. Mais dans l’immédiat, ma tête est à La Louvière, au Tivoli.
« A La Louvière, j’ai rencontré des gars en or »
Un mot sur tes coéquipiers, les supporters et le club en lui-même ?
Au-delà de l’aspect sportif, j’ai découvert des mecs en or, comme Marwane Gargouri, Terence Pinto ou encore Yakhouba N’Diaye. De tout cœur, j’espère réaliser une grande fin de saison, avec eux… Ensuite, je tiens à remercier les supporters pour leur soutien. Si ils continuent à redoubler d’efforts dans les gradins, de notre côté, sur le terrain, nous ferons tout pour atteindre la Division 2 ! Le club a loupé la monté la saison dernière. Nous comptons bien effacer l’affront, cette saison. Enfin, concernant le club, je suis heureux de participer à ce projet. Ce club a toutes les cartes en main pour réaliser son objectif.
Enfin, dernière question : à côté du football, il s’intéresse à quoi, Kevin Nakache ?
Je suis un grand fan de cinéma. A côté de ça, j’aime par-dessus tout découvrir et visiter des villes, des régions. Ici, en l’occurrence, j’ai pas mal de coin sympathiques de Belgique à visiter, au programme. J’apprécie également la bonne nourriture. Que ce soit au restaurant ou chez moi, étant donné que j’ai la chance d’avoir une femme qui cuisine extrêmement bien.
Encore un grand merci, Kevin. On te souhaite bon courage et bonne chance, pour la suite de ta carrière.
C’est moi qui vous remercie ! A bientôt.







