Steven Gerrard a profité de la fin d’année 2011 pour revenir, après une énième blessure, dans le stade qu’il transcende depuis maintenant quatorze ans. Face à Blackburn d’abord. Rentré à vingt minutes du terme, le Scouser qui fait chanter Anfield fort comme si Liverpool avait marqué n’aura pas évité un match nul décevant à son équipe, malgré un apport certain. Dès qu’il foula la pelouse, l’état d’esprit de dix autres joueurs changea, l’humeur de 45 000 supporters. Les Reds attaquèrent avec plus de volonté que pendant les soixante-dix minutes précédentes et les Rovers sauvèrent deux fois leur point sur leur ligne de but. Quand il joue, Steven Gerrard est la définition parfaite du métronome, régulant le jeu de son équipe, dirigeant ses coéquipiers. La constante du jeu de Liverpool depuis le passage de Rafael Benitez, c’est la disponibilité permanente du numéro 8, qui doit toujours être fructifiée. Quand Gerrard demande la balle, Gerrard la reçoit.

Cette invariante a certainement été touchée par les absences répétées du natif de Whiston pendant l’année 2011. Sa santé défaillante conjuguée à l’arrivée massive de nouveaux joueurs sur les bords de la Mersey ont causé une perte de repères, et même l’apprentissage de nouveaux. Manquant d’un milieu organisateur, Liverpool a trouvé en Luis Suarez l’épicentre de son jeu offensif. Le faible nombre de buts inscrits par l’Uruguayen a d’ailleurs pour origine son rôle souvent loin du but dans le jeu, en feinte de corps, une-deux et servant de point d’appui (Andy Carroll ne répondant toujours pas aux attentes placées en son profil). L’animation de Liverpool fut plus simple et moins variée que dans le passé, même si la relation Gerrard – Torres s’était montrée très efficace dans la verticalité. Le premier blessé, le second parti, Luis Suarez prit la charge de toute l’attaque. Dépourvus d’ailiers performants et surtout rapides, les Reds n’eurent qu’une solution pendant des mois, ce qui ne les empêcha pas de réaliser une deuxième partie de saison 2010-2011 prometteuse, grâce à la confiance retrouvée avec l’arrivée de Kenny Dalglish en janvier.

Si sur le long terme, le retour de Gerrard annonce une multiplication des possibilités à la disposition de l’entraîneur écossais, sa réapparition sur le terrain offre pour l’instant la vision d’un phénomène étrange dans le style de Liverpool. Un oubli du passé, une non-soumission aux règles établies, ou plutôt une méconnaissance des coutumes. Dans cet effectif rénové, avec les signatures en un an de Luis Suarez, Andy Carroll, Jordan Henderson, Charlie Adam, José Enrique, Stewart Downing, Sebastian Coates et Craig Bellamy (déjà passé par le club), en même temps que Gerrard enchaînait les blessures, l’habitude de jouer sous Stevie G n’existe pas. Liverpool mène des offensives sans utiliser Gerrard. Liverpool change d’aile sans utiliser Gerrard. Liverpool centre sans regarder si Gerrard est mieux placé. Liverpool passe une minute sans passer la balle à Gerrard. Quand Gerrard demande la balle, il arrive que Gerrard ne reçoive pas la balle.

Même s’il n’est plus le joueur box-to-box qu’on a connu, l’hyperactivité de Gerrard le rend omniprésent sur le terrain, comme le prouvent ses matches face à Newcastle et Oldham. Buteur face aux Magpies (pour le 3-1), il a aussi réveillé ses partenaires. Comme contre Blackburn, Liverpool a accéléré suite à son entrée, l’efficacité en plus. En trente minutes, les Reds ont fait s’évaporer une première heure déjà vue, qui faisait craindre un septième match nul aux supporters. Andy Carroll aurait pu marquer avec plus de précision sur deux occasions dont Gerrard avait été le créateur. Face à Oldham, en FA Cup, il s’est porté vers l’avant comme à l’accoutumée et le but de Jonjo Shelvey l’illustre. Si le chauve revenu de Blackpool n’avait pas été là, Steven Gerrard aurait marqué à sa place, depuis le point de penalty.

Pour espérer revoir le Liverpool qui accrochait le Big Four aisément, il faudra d’abord retrouver ce lien entre le collectif et Steven Gerrard, entre les exécutants et l’instigateur. Depuis qu’il est le patron de cette équipe, aidé de Jamie Carragher (qui aura plus de difficultés à redevenir titulaire), Gerrard en a toujours été le baromètre. Le joueur libre quand le jeu semblait fermé, le déclencheur quand les lignes semblaient impénétrables, le passeur quand Liverpool manquait de qualité technique. Surtout, le décideur du moral de son équipe. Il suffit de le voir courir après un but, poursuivi par les autres joueurs et loué par le Kop. Il a toujours rendu ses coéquipiers meilleurs (les exemples sont nombreux mais le plus parlant est évidemment Fernando Torres). Cette fois, ses coéquipiers devront l’aider à retourner dans le passé, celui où sa présence facilitait l’adaptation des nouveaux et permettait la pérennité du jeu liverpuldien. Liverpool a connu en 2011 ses plus grands bouleversements depuis de longues années. Les anciens titulaires sont désormais remplaçants (Kuyt, Carragher), les propriétaires ont changé et les ambitions également. Presque tout a changé. Steven Gerrard demeure.

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