Ce vendredi, l’équipe de France affrontera le Japon à Saint-Denis. C’était là l’occasion de se remémorer les rares escapades nippones dans l’Hexagone. Et de constater que notre territoire a, mine de rien, beaucoup compté dans le développement du football japonais ces dernières années. Sans que cela ne se concrétise aujourd’hui en termes d’échanges footballistiques entre les deux pays.

France, pays du football levant

On a coutume de dire que le football japonais a commencé à se dresser sur ses crampons le 31 mai 1996, date à laquelle la FIFA donna le droit, pour la première fois de l’histoire, à des pays asiatiques d’organiser le deuxième plus grand évènement sportif international : la Coupe du monde. Co-organisatrice de la compétition avec la Corée du sud, le Japon ne représente rien dans le paysage footballistique des années 1990, hormis dans Captain Tsubasa (l’illustrissime Olive & Tom en français). Pour crédibiliser leur candidature victorieuse, les nippons doivent s’affirmer sportivement. L’objectif est alors très clair : la qualification pour le Mondial 1998 organisé en France est vivement souhaitée. Après avoir bataillé jusque dans les derniers instants d’un match de barrage disputé en Malaisie contre l’Iran pour obtenir le précieux sésame, le Japon découvre pour la première fois de son histoire le plus haut niveau international.

Coachés par le lumineux Takeshi Okada (vous savez, ce même sélectionneur qui, en 2010, avait dit le plus sérieusement du monde «c’est écrit dans les étoiles, nous atteindrons les demi-finales»), les 22 valeureux japonais termineront avant-dernière nation de la compétition, sans pour autant démériter. Défait sur le plus petit des scores par l’Argentine, future quart-de-finaliste (but de Batistuta), puis par la Croatie, future troisième (but de Suker), le Japon n’enrayera pas la spirale de déceptions en perdant face à la Jamaïque (1-2). Eliminée sans peser dans la compétition, l’équipe nationale a pourtant davantage gagné que perdu au sortir du mois de juillet. Son joueur vedette et révélation du Mondial, Hidetoshi Nakata, est ainsi le premier japonais à débarquer dans l’un des meilleurs championnats de l’époque, la Serie A italienne, dans le club de Pérouse. Surtout, cette participation permet au Japon d’emmagasiner l’expérience nécessaire en vue de son Mondial.

C’est dans l’optique de cet évènement que les nippons, désormais entraînés par le français Philippe Troussier, débarquent dans l’Hexagone en mars 2001 pour y disputer un match international de prestige contre l’équipe de France championne du monde et d’Europe, une équipe de France qui pouvait se permettre d’aligner d’entrée Sabri Lamouchi sans en être handicapée. Comme bon nombre de sparring-partners des Bleus cette année-là, les Japonais prennent une taule (0-5). Philippe Troussier put ce soir-là mesurer le gouffre qui séparait son équipe des meilleures formations mondiales et, trois mois plus tard, constater les efforts consentis pour tenir tête à ces mêmes Bleus en finale de Coupe des Confédérations (0-1, but de Vieira).

La Coupe des Confédérations, c’est justement le cadre du dernier déplacement japonais en France, en juin 2003. Après une Coupe du monde à domicile globalement satisfaisante (le Japon sortira des poules et en tête de son groupe), les nippons reviennent s’étalonner dans l’Hexagone face aux différents champions continentaux. En résulte un bilan mitigé, car si la Nouvelle-Zélande n’oppose pas grand-chose aux Blue Samourai (3-0), la France (1-2) et la Colombie (0-1) empêcheront le Japon de fêter une première qualification hors de ses frontières. On se rappellera le superbe coup-franc de Shunsuke Nakamura contre les Tricolores.

Demain soir, l’équipe nationale du Japon refoulera donc les terrains français pour la première fois depuis 2003.

La saga Grenoble, l’exception Matsui et le traumatisme Nakata

Entretemps, les deux pays ont vu leurs relations évoluer. L’année 2004 constitue de fait un petit tournant avec l’arrivée d’une société multinationale japonaise à la tête du Grenoble Foot 38, alors installé en Ligue 2. Index Corporation, tel est le nom de l’entreprise, comble l’ardoise du club et entame une restructuration visant à vanter les vertus de l’action japonaise dans le monde du sport. Cela se concrétise notamment par la création d’une mascotte style manga dessinée par le créateur d’Olive & Tom, Yoichi Takahashi.

Deux ans après la reprise du club, Index arrive à attirer dans ses filets un international japonais, Masashi Oguro, ainsi que deux autres joueurs nippons moins connus, Sho Ito et Tsukasa Umesaki. Avant de parvenir à monter en Ligue 1 et y rester deux années sous la houlette de Mecha Bazdarevic. Depuis ce passage dans l’élite, le Grenoble Foot 38 est descendu en National, a déposé le bilan, perdu son statut professionnel et tente aujourd’hui de repartir du bon pied depuis la CFA2. Sans actionnaires japonais à sa tête. Pas vraiment un bon coup de pub pour le Japon…

2004, on y revient. Une année qui signe l’arrivée en Ligue 2 du meilleur joueur nippon que le football professionnel français ait connu. On parle ici de Daisuke Matsui, l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du Mans UC 72 (aujourd’hui Le Mans FC). Le milieu offensif participe aux plus belles heures du club sarthois, notamment en 2007-2008 où il compose le fameux trio Matsui-Sessegnon-De Melo qui emmènera les manceaux à la 9ème place finale. Après un passage à Saint-Etienne puis à Grenoble, le milieu japonais semble aujourd’hui s’être perdu en chemin.

Reste à évoquer le cas le plus drôle mais finalement le plus triste, celui de Koji Nakata. Arrivé dans les bagages de Philippe Troussier à l’époque où Marseille gaspillait l’argent du transfert de Didier Drogba pour recruter quantité de joueurs à « potentiel », le latéral international japonais n’aura jamais su s’imposer dans le club phocéen, marquant même un but contre son camp face au PSG. Mais, Koji Nakata, c’est surtout un geste unique. Au cours d’un déplacement à Saint-Etienne, dans un Geoffroy-Guichard enneigé, il rentre dans l’Histoire en inventant la passe sans ballon. Une action ridicule qui scelle son passage dans le club français le plus populaire.

L’épisode du passage raté de Koji Nakata à Marseille a quelque part eu un effet dramatique sur la perception du football japonais par les dirigeants de nos clubs. Aujourd’hui, la Bundesliga.1 compte 10 japonais dans les rangs de ses pensionnaires. Shinji Kagawa, transféré cet été à Manchester United, comptait parmi les tous meilleurs joueurs de ce championnat. En Ligue 1, on ne trouve aucune trace d’un quelconque footballeur japonais. A l’heure où le Japon s’affirme de plus en plus comme le patron d’un football asiatique dans le vent, on ne peut que le regretter. La France est l’un des pays, si ce n’est LE pays, qui a permis au Japon de s’éveiller à ce jeu. La découverte du haut niveau mondial en 1998 et la réussite globale de Philippe Troussier avec la sélection nationale aurait dû solidifier les relations France – Japon. Daisuke Matsui n’est finalement que le seul succès d’un japonais en France aujourd’hui. Est-ce le signe d’un véritable échec ? On peut le dire.

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