
Je suis Eddy Fleck, personnage de 49 ans, ultra-reconnu dans le monde du football.
Je suis là pour vous faire vivre le côté caché des clubs de football.
Sans aucune mythomanie.
Ma vie était merdique certes, mais pas autant qu’André-Pierre. 18 millions d’euros pour un manouche même pas capable de pousser la chansonnette, ça fait cher. Gignac, il a été traîné dans la boue cet été. Plus personne n’en voulait, on lui a même fait visiter les installations anglaises pour déconner. Après, il est revenu à Marseille, bredouille. C’est comme si ta copine ne voulait plus de toi et que tu fricotais ailleurs pour te changer les idées, sans succès. Tu finis par revenir vers ta Marseillaise, lui suppliant de t’accepter à nouveau. Dur. Le transfert se fera certainement au prochain mercato. Sans frais de porc. Port !
C’était moins une. J’te rappelle quand même qu’André-Pierre aurait pu se retrouver devant la justice (comme Tony Montana Vairelles). Pourquoi ? Simplement par rapport à l’enquête lors du dernier Paris-Dakar où un coureur avait percuté une vache. Gignac a été soupçonné, mais finalement il avait un alibi. Il était au McDo’. Du coup, j’ai pu le rencontrer dans un restaurant de la Canebière. Il m’a parlé de ses derniers mois à l’OM… Mais d’abord comment ai-je connu André-Pierre ? Je t’entends crier à la mascarade derrière ton écran.
En 2002, j’ai eu une petite aventure avec une Lorientaise fan de galettes de sarrasin et de jours sans soleil. Elle connaissait des membres du staff du FC Lorient puisqu’elle travaillait comme hôtesse d’accueil au sein du stade. J’en ai profité pour développer mes contacts par l’intermédiaire de sa poitrine Loanienne (j’te parle de la Loana de Loft Story, pas celle de 120kg de « Moche toute nue »). André-Pierre intégrait les moins de 18 à cette époque, pendant que l’Équipe de France se faisait fouetter par le Sénégal en Coupe du Monde. Il y a des signes qui ne trompent pas. C’est ce que j’ai toujours dit à André-Pierre. Lorsqu’il a éjecté Marlet et Fiorèse de l’attaque bretonne, j’ai compris qu’on avait entre les mains un joyau. Un joyau tombé du camion. Notre amitié s’est développée à cette époque et nous avons gardé contact.
« - C’est la galère Eddy. J’ai vraiment hâte de me casser d’ici. Tu restes un de mes seuls amis. Ici, pas un jour sans qu’on parle de mes blessures, de mon poids, de ma cure, de mon transfert. Mais moi, quand on m’a dit que je valais 18 millions, j’ai cru que c’était 18 millions en monnaie gitane. Ma monnaie. Tu divises par 6,355957 millions pour la conversion.
- Tu vaux quand même pas 3 euros André-Pierre ! Une boîte de talc anti-pue-des-pieds ne coûte pas plus cher que toi enfin !
- Bah écoute, c’est c’que Didier Deschamps et José m’ont dit. Ils pensaient que j’allais partir et ils se sont pas gênés pour se lâcher à mon sujet dans les derniers jours du mercato. José, un soutien ? Tu parles. Il m’a enfermé dans la salle de musculation pendant 3 jours. Enfermé définitivement, j’étais seul comme un con à l’intérieur 24h/24. Les gars m’ont offert un nouveau presse-citron pour que je passe les matchs sans m’ennuyer et mes initiales (APG) ont été détournés.
- C’est à dire ?
- Avaleur de Plats Gastronomiques. C’était la vanne d’intello de Benoît Cheyrou. Certes, on s’est foutu de sa gueule pendant deux minutes mais après la cible c’était à nouveau moi. Ils perdent pas le nord ici, je me fais humilier dans le club de mon estomac. »
Il voulait dire « dans le club de mon cœur ». Bref, j’étais un peu bouleversé par le récit d’André-Pierre. Personnellement, je trouvais qu’on en faisait beaucoup trop sur lui. Je me serais jamais permis par exemple de dévoiler cette conversation sur un site internet ! Bon ok, là j’ai fait une entorse. Puis une entorse pour Gignac, ça reste la routine.
« - Toi qui connais du monde. Tu veux pas essayer de voir avec Carlo Ancelotti si je peux aider en pointe ?
- Tu te fourres le Doha dans l’œil André-Pierre. Ils sont sur Pato et Hamsik en ce moment. En plus, ils se sont mis au halal dans le groupe, tu tiendras jamais sans fast-food américain… Non, le mieux c’est que tu quittes la France »
J’aurais bien aidé André-Pierre à se débarrasser de son presse-citron mais j’crois qu’il s’y est habitué. Gignac m’a dédicacé un Big Mac pour me remercier. C’est fou comme le malheur des autres peut me redonner la pêche.






