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Grâce à ses relations tentaculaires, La Madjer a contacté le très sympathique Brian Phillips, éditeur de l’excellent TheRunofplay, dont on est un peu fan. Une fois par mois (idéalement), un article de TheRunofplay sera traduit et publié dans sa version française ici. Histoire de partager et faire connaître cet indispensable site à ceux qui n’aiment pas l’anglais.

L’article original, publié le 16 décembre 2011, a été écrit par Ryan O’Hanlon, éditeur de la section sports du site TheGoodMenProject.

Nicolas Anelka sera bientôt footballeur professionnel en Chine. C’est surprenant parce que Nicolas est toujours un vrai footballeur, talentueux, qui ne serait inutile qu’a dix équipes dans le monde. Ce n’est pas surprenant parce que Nicolas Anelka se rend à un endroit où ils le paieront un chiffre qui me demanderait des années à compter.

Beaucoup voient en Anelka un mercenaire. C’est ce qui arrive lorsque vous jouez pour tous les clubs anglais, deux fois, et faites un arrêt par la Turquie entre temps – tout ça avant vos 30 ans. Sachant qu’on ne peut qu’essayer de juger les décisions dans la carrière d’un joueur, avec rien de plus qu’un bref regard à sa manière de prendre ses décisions, c’est probablement une étiquette juste. Mais ce n’est pas pour cette raison que son départ en Chine n’est pas surprenant. De plus en plus de joueurs à peine sortis de la fleur de l’âge vont dans ces clubs au riche compte en banque, au pauvre football, à chaque mercato. (Salut, Asamoah Gyan!). Après tout, c’est une carrière – et une sacrément courte.

Quand j’ai entendu la nouvelle du transfert d’Anelka au Shanghai Shenua, je ne fus pas surpris – mais encore une fois, pas à cause de ses transferts précédents. Je ne fus pas surpris parce que Nicolas Anelka ne m’a jamais semblé être quelqu’un réellement concerné par le sport qu’il pratique pour métier. Et aller dans une ligue de faible niveau qui allonge l’argent rentre dans ce récit que j’ai construit dans ma tête. Est-ce injuste ? Oui. Est-ce que j’en ai quelque chose à faire ? Nope.

Je n’ai jamais aimé Nicolas Anelka. Je sais vraiment très peu de lui, personnellement … parce que j’ai 23 ans et je vis à Brooklyn, et pas lui. Nicolas Anelka pourrait jouer au football sur la Lune, et je serais heureux. Plus il est loin de ma vie, mieux c’est.

Anelka a marqué beaucoup de buts durant sa carrière, et il a joué pour beaucoup de grands clubs. Dans de nombreux domaines, il a eu une triomphante carrière, mais il est le dernier joueur que je voudrais encourager.

Il joue avec l’émotion d’un robot irascible et décédé. Il y a certains mecs – citons-en un, Mario Balotelli- qui ne montrent aucune émotion volontairement, transformant cela en une sorte d’émotion sans émotion. Chez Anelka, au contraire, l’absence d’émotion est exactement cela : une absence d’émotion. Est-il vraiment mort à l’intérieur, vagabondant sur le terrain avec uniquement le désir que l’horloge s’arrête de tourner ? Je n’en ai aucune idée, mais ça ne m’empêchera pas de le croire.

En général, on peut séparer les footballeurs en deux catégories : ceux qui doivent essayer très fort pour réussir, et ceux qui n’ont pas à le faire. On aime le premier groupe parce qu’on se reconnaît en eux. D’une certaine manière, Lionel Messi fait partie de ce groupe. (Et c’est pourquoi on l’aime tous. Oui, vous aussi vous l’aimez.) Concernant le second groupe, on est fascinés par la facilité qu’ils ont à réussir des choses impossibles. Xabi Alonso fait de telles choses si machinalement.

Anelka est de ce second groupe. Il glisse sur la pelouse, passe les défenseurs aisément, et frappe la balle plus fort que son élan ne devrait jamais lui permettre. Mais cette nonchalance disparaît quand un adversaire le bloque. Il ira courir vers un défenseur et la balle jaillira à un coéquipier au dernier moment. Quand Carlo Ancelotti essaya de faire jouer Anelka meneur de jeu dans un milieu à quatre, Anelka dut prendre des décisions rapidement et jouer avec peu d’espace, et ce fut difficile à regarder. Les moments où il luttait devinrent la norme.

Regarder Anelka à grandes enjambées, repiquer depuis la ligne de touche – c’est quelque chose que je peux apprécier, parce que ça coupe le souffle, mais quand ça devient plus que cela, son jeu est frustrant, un trébuchement intérieur juste dur à supporter, qu’il réussisse ou non. Sa nonchalance dure une seconde de trop qui vous fait hurler devant votre télévision.

Nicolas Anelka n’a jamais apporté de la joie dans ma vie. (Et oui, l’épisode « LeSulk »-ness¹ et ses frasques en Afrique du Sud n’aident pas.) Pour ce que j’en sais, en dehors du football, il est juste un type très sympa qui voudrait être mon meilleur ami dans un quelconque univers parallèle. Peut-être qu’il en a quelque chose à faire du football, aussi.

Mais je ne pense pas que cela importe en fait. Je connais Anelka en tant que footballeur, pas comme un frère, un fils, un père, ou quoi qu’il fasse quand il ne m’énerve pas. La personnalité que j’ai imaginée pour lui – et nous faisons tous ceci quand nous regardons du sport – est plus réelle, pour moi, que sa réelle personnalité, quelle qu’elle soit.

¹Lors de son passage à Arsenal, Anelka se distingua en réclamant une hausse de salaire. Les supporteurs, n’appréciant pas beaucoup et s’étant déjà aperçu, à l’époque, de son manque d’enthousiasme, lui donnèrent ce surnom, « Le Sulk ». En français, le boudeur, le pleurnicheur.

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