Cette fois-ci, il n’a pas simulé. Fabrizio Ravanelli est bel et bien tombé. Et dans sa chute, il a emporté tout un club. Après douze journées, une victoire, quatre nuls et sept défaites, le couperet est tombé. Alain Orsoni a décidé de se séparer de son entraîneur italien tout de suite après la déroute à domicile contre Valenciennes. Alex Dupont, Albert Emon, Fabrizio Ravanelli, la succession d’Olivier Pantaloni est compliquée. Trois entraîneurs en une saison et demie et, à la fin, le même résultat. Fabrizio Ravanelli n’a pas dérogé à la règle. Sauf que là, Alain Orsoni a été moins patient. Il faut dire qu’il fallait agir. Et vite. Fabrizio Ravanelli n’ayant jamais trouvé comment faire.
Mais quelles peuvent bien être les raisons de cet échec ? Peut-être l’inexpérience. Entraîneur des futurs Pirlo et autres Buffon chez les équipes de jeunes de la Juventus de Turin, Penna Bianca s’est mué en coach d’une équipe qui joue à se faire peur depuis deux saisons. Le contraste était trop grand. Surtout que la pression sur ses épaules était également trop forte. Après Guillermo Ochoa et Adrian Mutu, le gros coup du mercato acéiste de cet été se nommait Fabrizio Ravanelli. En tant qu’ancien grand attaquant ayant marqué le championnat de France et plus particulièrement l’Olympique de Marseille, il est l’un de ces joueurs que l’on oublie pas. Alors, lorsqu’il revient en France pour entraîner, la presse s’en donne à joie. Les articles fleurissent. Les journalistes ne se font pas prier pour rappeler à tort et à travers la simulation de Ravanelli contre le PSG. Et pas une seule semaine ne passe sans qu’un nouveau papier parlant du renard argenté ne paraisse. Les joueurs sont mis de côté. Plus forte a été l’escalade de réactions sur Ravanelli, plus violente a été sa chute.
Venu pour professionnaliser un club, Fabrizio Ravanelli a échoué dans tout ce qu’il a entrepris, ou presque. Tout d’abord, la gestion de l’effectif. Au départ, en accord avec son président, le groupe de joueurs devait être réduit à 23 éléments. Résultat, ce sont 30 joueurs qui composent l’effectif professionnel aujourd’hui, dont un Cédric Hengbart mis de côté dès le début. Une mauvaise gestion qui ne lui est pas entièrement imputable mais qui est en corrélation avec un autre point noir de l’ère Ravanelli.
La préparation physique en cause
Cet été, Fabrizio Ravanelli n’est pas arrivé seul. Dans ses bagages, Giampiero Ventrone, un préparateur physique italien qui a connu le succès à la Juve et avec la Squadra Azzura. L’ACA entrait alors dans la cours des grands. Des trop grands même. Car si la préparation physique était celle des champions, les joueurs n’ont pas pu suivre le rythme. Et le résultat tout le monde le connaît. En tout treize joueurs, qui auraient pu solliciter une place de titulaire, se sont retrouvés sur le carreau les uns après les autres. Ainsi Perozo, Tonucci, Faty, Cavalli, Lasne, Gonçalves, Diarra, Eduardo, Mutu, Arrache, Tallo et Oliech se sont blessés. Sans jamais que Ravanelli ne remette en cause ses techniques d’entraînement.
Ne jamais se remettre en question, cela a été le principal défaut de Fabrizio. Pourtant avec sept défaites en douze matchs, il y avait de quoi. Mais après chaque match, en conférence de presse, toujours la même rengaine. Toujours les mêmes mots « Jé souis content de mes jouors, ils ont bien joué », « L’arbitre nous a volé le match », « On a été bon, je n’ai rien à leur reprocher ». Le pire, c’est qu’il disait ça avec une telle émotion dans la voix qu’il en devenait touchant. On avait de la peine pour lui.
De la peine, on en avait moins pour lui à la vue de son bilan. En douze matchs, Fabrizio Ravanelli a fait beaucoup moins bien que ses prédécesseurs Alex Dupont et Albert Emon. Les chiffres de Ravanelli sont les suivants : 1 victoire, 4 nuls et 7 défaites, 8 buts pour, 18 buts contre, 25 cartons jaunes et 2 cartons rouges. Sur la même période, ceux d’Albert Emon sont déjà bien meilleurs : 3 victoires, 3 nuls, 3 défaites, 11 buts pour, 11 buts contre, 19 cartons jaunes et 3 cartons rouges. Enfin, le bilan d’Alex Dupont en 12 matchs reste supérieur aux autres : 4 victoires, 4 nuls, 4 défaites, 14 buts pour, 17 buts contre, 26 cartons jaunes et 3 cartons rouges.
Le départ de Fabrizio était donc inéluctable. Et mérité plus que les autres.
Un licenciement également dû à une mauvaise gestion de l’effectif qui découle directement de la mauvaise préparation et des blessés en masse. En tout, le coach italien aura utilisé 25 joueurs différents, soit l’un des totaux les plus élevés du championnat juste derrière Lyon et Nice qui ont mis à contribution 26 footballeurs. Mais le pire n’est pas là. En douze rencontres, Piuma Bianca n’a jamais fait joué la même équipe en douze matchs. Pour lui, le calcul est simple 12 matchs = 12 compositions d’équipes différentes. Et qui dit composition différente dit schéma tactique différent.
Fabrizio Ravanelli était arrivé à Ajaccio avec une idée en tête, instaurer le 4-4-2. Une chose qu’il ne fera jamais vraiment « à cause des blessures » qu’il disait. Ainsi, on a eu droit à des 4-3-2-1, des 4-5-1, des 5-4-1 (contre Paris et Lille), des 4-1-4-1 mais jamais de véritable 4-4-2. Le Rital n’a donc jamais tenu ses promesses tactiques et c’est le jeu qui en a souffert. L’attaquant de pointe, que ce soit Mutu, Arrache ou encore Camara ont trop souffert d’isolement offensifs pour se montrer dangereux. Fabrizio Ravanelli, lui l’ancien illustre attaquant, aura échoué dans la mission qui semblait la plus simple pour lui : faire marquer ses attaquants.
Bien qu’il ait été viré sans état d’âme ou presque, Fabrizio Ravanelli n’est pas l’incapable qui a été décrit dans les médias. Il laissera ainsi un héritage positif à Ajaccio, où il a également fait des choses biens.
Fabrizio Ravanelli n’a pas seulement été un A.C.A.pable
Le premier travail d’un entraîneur lorsqu’il arrive est de faire une revue d’effectif et de le façonner. C’est ce qu’il a parfaitement fait en faisant jouer ses relations dans le football transalpin. Ainsi, ce sont plusieurs joueurs venus d’Italie qui ont signé à l’ACA. On citera les espoirs Alessandro Crescenzi, Denis Tonucci et Junior Tallo qui doivent encore tout prouver mais chez qui on aperçoit un véritable potentiel en creusant bien.
Fabrizio Ravanelli a rajeuni le groupe acéiste
D’autres jeunes joueurs, issus du centre de formation de l’AC Ajaccio cette fois-ci, ont également eu leur chance. Peut-être grâce à son habitude d’entraîner des minots à la Juve, Fabrizio Ravanelli n’a pas hésité à faire débuter des jeunes et à leur donner sa confiance. Alors que Brandon Deville, Joshua Nadeau et Claude Gonçalves n’avaient pas joué une seule minute la saison dernière avec Dupont et Emon, Fabrizio Ravanelli les a intégré dans le groupe professionnel et leur a fait disputer de précieuses minutes. Le jeune milieu Gonçalves s’impose même désormais comme un titulaire et Aboubacar Demba Camara est la révélation acéiste de ce début de saison. Et mine de rien (et avec Bonnart et Hengbart), Fabrizio Ravanelli a rajeuni le groupe acéiste. D’une moyenne d’âge de 27,47 ans la saison dernière, le groupe est passé actuellement à une moyenne d’âge de 26,2 ans, soit un an plus jeune. Un chiffre non-négligeable sur lequel son successeur va pouvoir surfer.
Mais ce n’est pas le seul héritage qu’a laissé Ravanelli. Comme dit précédemment, il était venu pour professionnaliser le club. Si au vu des résultats il l’a professionnalisé pour la Ligue 2, force est de constater qu’au niveau du matériel utilisé, l’ACA n’avait rien à envier aux plus grands clubs du monde. Ainsi, Salim Arrache a pu porter les mêmes brassières GPS que Zlatan Ibrahimovic et les entraînements ont pu être filmés et disséqués. Elle est loin l’époque où l’ACA était un club aux installations archaïques. Mais d’un côté, ce qui peut être un louange peut également être un reproche : avec Ravanelli, l’ACA n’était plus un club familial. Et en Corse, cela pose problème.
Autre problème qui n’en est pas un : la prise de créatine, de protéine ou de compléments alimentaires par les joueurs sous les vives recommandations du staff italien. Suscitant la polémique, ces produits ne s’apparentent pas du tout à du dopage. Un contrôle inopiné de l’agence contre le dopage effectué après le match l’a bien prouvé. Et si Cédric Hengbart n’a jamais voulu en ingérer, libre à lui de faire ce qu’il voulait, il est juste nécessaire de rappeler que Fabrizio Ravanelli, en utilisant ces méthodes décriées, ne faisait que répéter bêtement des gestes qu’il a connu pendant toute sa carrière, à la Juve par exemple. Un mimétisme par rapport à ses anciens dirigeants plus qu’une volonté réelle de booster ses joueurs. Car le classement montre bien que la protéine ou la créatine n’ont eu aucune incidence sur les résultats. Par contre, certains joueurs, eux, ont été transfiguré physiquement. Les séances d’entraînements que certains ont fini en vomissant, l’alimentation ultra-contrôlée (chaque aliment était minutieusement pesé) et plus généralement la préparation physique ont été bénéfiques à des acéistes comme Johan Cavalli, Adrian Mutu et Jean-Baptiste Pierazzi. Si le premier cité a perdu plus de trois kilos, les deux autres ont également fondu et son apparus très affûtés. Les joues creusées, le Roumain s’est affiné et musclé alors que le capitaine JB a changé du tout au tout. Incapable de suivre la cadence la saison dernière, il possède depuis le mois d’août une condition physique ahurissante.
Relancer Salim Arrache
Si l’ACA n’a remporté que deux matchs sur 18 en comptant les amicaux de pré-saison, il ne faut pas tomber dans la critique à tout-va concernant Fabrizio. Penna Bianca aura réussi des prouesses que d’autres n’auraient même pas tentées. A commencer par la signature de Salim Arrache. Venu pour un essai, Salim Arrache est actuellement sous contrat avec l’AC Ajaccio pour une saison. Une mentalité pas toujours exemplaire, une condition physique au plus bas, une tête de con, les détracteurs de l’ancien marseillais ne manquent pas d’argument au moment d’accueillir celui qui avait quitté Bastia en très mauvais termes trois ans auparavant. Le temps de se remettre à niveau, de bien s’intégrer dans le groupe et de revenir en équipe première et Salim Arrache allait permettre à l’ACA de gagner son premier match de Ligue 1 grâce à un but tout en maîtrise contre Lyon. La tête de turc était devenue l’idole. Ravanelli a gagné son pari, celui d’un joueur déclaré mort pour le foot par la France entière. Rien que pour cela, on peut dire que l’Italien a réussi son passage dans la cité impériale.
Mais d’autres prouesses peuvent venir enrichir le livre qu’a laissé Fabrizio Ravanelli à Ajaccio. Comme celle de reconvertir Benjamin André en arrière latéral droit. S’il brillait déjà par sa polyvalence les saisons précédentes, Benjamin André semble enfin fixé à un poste. Face à une concurrence énorme au milieu de terrain, le Renard Argenté a préféré installer son joueur dans un couloir droit où Cédric Hengbart était devenu inutile. Un choix « payant » puisque le joueur formé a pris une autre dimension cette saison. Auteur d’une excellente préparation et de premiers matchs plus qu’encourageants, Benjamin André donne son maximum à chaque fois, bien qu’il est difficile de briller dans la conjoncture actuelle du club. Comme un symbole de confiance accordée aux jeunes, le technicien italien a même décidé de donner le brassard de capitaine à Benjamin André, une marque de confiance envers un joueur qui représente l’avenir de l’ACA.
Un éclair de génie tactique
Fabrizio Ravanelli restera également dans les annales grâce à un match si particulier pour lui. Dans un Parc des Princes échaudé pour le retour de l’enfant de putain qui avait simulé face à Rabesandratana, Fabrizio s’est révélé. Le challenge était tellement beau et passionnant qu’il ne pouvait pas passer à côté. Et les « Ravanelli est une salope » entonnés par le public qui ont fait trembler le stade n’ont rien changé. Au contraire. Le temps d’un match, Fabrizio s’était transformé en José Mourinho. Un Happy One, roi de la tactique. Sauf que ce n’était pas l’Inter de Milan mais l’AC Ajaccio. Ce n’était pas le FC Barcelone mais le PSG. Ce n’était pas Lionel Messi mais Zlatan Ibrahimovic. Ce n’était pas Samuel Eto’o mais Sigamary Diarra. Une défense de fer, un Diarra replacé arrière gauche, un Ochoa on fire et surtout un entraîneur qui s’agite sur la touche. Fabrizio Ravanelli restera à jamais comme celui ayant mené ses hommes à un match nul au Parc, personnellement le meilleur moment passé dans les tribunes d’un stade de football. A ce moment-là, on ne peut dire que « Merci M. Ravanelli« .
Enfin pour terminer, le plus important, le domaine dans lequel Fabrizio Ravanelli aura le plus impressionné : le style. Fini le timide et insipide Albert Emon, laissez place au showman Ravanelli. Avec lui, le banc de touche devient vivant. Et beau. Jamais avare en critiques vers l’arbitre, de gueulante contre ses joueurs ou encore de cris dans le vide, Piuma Bianca ne sait pas rester en place. Une énergie énorme déployée pour pas grand chose qui souligne tout de même une volonté à toute épreuve. Fabrizio vit ses matchs. Il rit ses matchs. Il pleure ses matchs. Mais forcément, ça ne plaît pas à tout le monde. Aux arbitres en premier qui n’ont jamais hésité à le remettre en place. Peu importe, Fabrizio ne s’arrête jamais. Fabrizio se casse la voix. Et se brûle les ailes.
Pour terminer (cette fois-ci c’est la bonne), il était impossible de passer à côté de passer à côté du look de Ravanelli. Le type a quand même incarné la classe à l’italienne pendant quatre mois. Des chaussures de ville pointues, noires et parfaitement cirées, un pantalon de costume noir slim et une chemise blanche cintrée sur mesure et une cravate sombre. Tel était la tenue du coach à tous les matchs. Si l’on rajoute à cela une chevelure plus blanche que grise et on obtient l’entraîneur le plus stylé de Ligue 1. Loin devant Jean Fernandez. Seule petit écart, une barbe d’une semaine qu’il s’est autorisée au milieu de son mandat, revenant cependant vite à un rasage de près. Et là dessus, Fabrizio Ravanelli marque un gros point. Il restera à jamais l’entraîneur le plus sexy qu’ait connu l’ACA. C’est déjà une sacrée victoire.













